Bill Bowerman (1911-1999)

En 1962, cet entraîneur d'athlétisme découvre une nouvelle pratique lors d'un voyage en Nouvelle-Zélande: le jogging. Emballé, il écrit les premiers articles sur le sujet dans les journaux américains. Obsédé par le désir de fournir à ses athlètes les chaussures les plus performantes possibles, il s'associe en 1964 avec l'un de ses coureurs, Phil Knight, pour créer la marque Blue Ribbon, rebaptisée ensuite Nike. Dans les années 70, Bowerman est encore déterminant en tant qu'entraîneur de Steve Prefontaine.

Kathrine Switzer (1947)

Un an après Bobbie Gibbs (qui courut sans dossard), cette jeune Américaine convainc son entraîneur de lui laisser prendre le départ du marathon de Boston 1967. Elle s'inscrit «K.V. Switzer, Syracuse». Dans la voiture suiveuse, l'organisateur de la course, Jock Semple, est apostrophé par un journaliste: «Hey Jock, il y a une femme dans ta course!» Il tente de l'arrêter, se fait bousculer par le petit ami de la jeune femme. Kathy Switzer poursuit sa route, qui ne s'arrêtera pas à la ligne d'arrivée. «C'était ma première expérience de la discrimination. J'ai compris que je devais y consacrer ma vie». Elle écrira des livres, organisera un circuit international féminin, fera du lobbying pour introduire le marathon féminin au programme des JO de Los Angeles. Aujourd'hui, il n'est pas rare qu'une participante à une course réclame le dossard 261, celui de Boston 1967.
 


Frank Shorter (1947)

Champion olympique du marathon en 1972 à Munich, sa ville natale, Frank Shorter amène l'esprit running sur la piste. Sa foulée fluide et souple en fait une sorte de Federer de la course à pied. Ce qui n'était que souffrance, effort, discipline, devient soudainement synonyme de beauté, de grâce, de pureté. Médaillé d'argent à Montréal en 1976, il apporte quelques mois plus tard sa caution au premier marathon de New York couru à travers les cinq «borroughs» de la ville. «S'ils ferment les rues de New York pour un marathon, il faut que je voie ça», dit-il pour justifier sa présence.

Steve Prefontaine (1951-1975)

Le James Dean de la course à pied. Parce qu'il est mort trop tôt, à 25 ans, d'un accident de voiture près d'Eugene (Oregon). Parce qu'il était habité par un charisme qui foudroie encore quarante ans plus tard. Parce qu'il détenait six records américains au moment de sa mort. Parce qu'il venait de fonder un circuit professionnel pour que les athlètes ne soient pas les laissés-pour-compte du système. Parce que sa grosse moustache et ses longs cheveux en firent le premier hippie de la course à pied. Parce qu'il courait toujours en tête, tous derrière et lui devant. Parce qu'il fut le premier athlète sponsorisé par Nike. Parce qu'il demeure le seul à avoir sa statue devant le quartier général de la firme à Portland.

Fred Lebow (1932-1994)

Piètre coureur qui se joint aux pionniers du running dans le Bronx à New York, il est celui qui aura l'idée d'un marathon en pleine ville, à Central Park en 1970. Plus tard, il comprend que le marathon peut unir la ville, lui transmettre sa vitale et puiser son énergie. D'autres s'en seraient contentés mais lui devine le potentiel exceptionnel du marathon de New York, qu'il fait passer en trente ans de 55 participants à plus de 43 000. Fred Lebow a inventé ou appliqué la quasi-totalité des services que proposent aujourd'hui tous les marathons du monde à des millions de coureurs.

Joan Benoit (1957)

Le petit bout de femme à peine marquée qui pénètre en vainqueur dans le Coliseum de Los Angeles, c'est elle. Dans le bref tunnel qui mène de la rue au stade, elle a brièvement pensé à rester là, à se cacher, à ne pas finir cette course qu'elle avait gagnée. Peur que sa vie ne change. Première femme championne olympique du marathon en 1984, Joan Benoit n'a pas voulu d'un rôle à la Kathrine Switzer. Son exemple et son image ont suffi à populariser la course à pied auprès des femmes.

Lire aussi