Football

60 000 euros par mois et interdit bancaire

Dans France Football, le footballeur Bryan Bergougnoux raconte sa descente aux enfers financière. Un cas loin d'être isolé malgré l'omerta

Gelson Fernandes a été l'un des premiers à réagir. «Bravo Bryan! Beaucoup d'honnêteté dans tes propos. Les gens souvent nous approchent, essaient de gratter, d'autres sont de mauvaises foi, écrit l'international suisse du Stade Rennais sur sa page Facebook. Ce message est adressé aux jeunes joueurs car nous avons tous fait des bêtises, moi également. Soyez attentifs et prévoyants.»

Bryan, c'est Bryan Bergougnoux, 32 ans, footballeur à Tours (Ligue 2). Dans France Football du 25 novembre, il brise l'un des tabous les plus tenaces du football professionnel: les dettes qui rattrapent, souvent même avant la fin de leur carrière sportive, un nombre important de joueurs. Il raconte sa propre dérive avec une franchise rare. Il n'est pourtant pas le seul à avoir dilapidé une fortune trop rapidement acquise. «C'est un peu tabou, beaucoup n'en parlent pas mais il y a plein de joueurs en difficulté.»

Bryan Bergougnoux est un joueur moyen qui a eu la chance (ou la malchance?) de débuter sa carrière sous les projecteurs à l'Olympique Lyonnais, son club formateur. Trois fois champion de France avec l'OL, il n'y était que remplaçant mais a très vite gagné beaucoup d'argent. Il l'a dépensé encore plus rapidement. Jusqu'à se retrouver lourdement endetté et interdit bancaire en France.

S'il ne gagne aujourd'hui «que» 14 000 euros par mois, Bergougnoux a très jeune gagné beaucoup d'argent. «Trop d'argent, admet-il aujourd'hui. Je n'étais pas préparé à ça. Et quand tout cet argent arrive, soit on est très mature, bien entouré, et on a la capacité de gérer ça, soit on n'est pas du tout préparé, sans un entourage fort, et ça dérape.» Voiture et montres de luxe, restaurants et vacances payés pour tout le monde, accumulation de crédits; il tombe dans tous les pièges. Le problème, c'est que beaucoup de joueurs copient le train de vie des superstars sans avoir le même niveau de rémunération. «Cela va très vite», constate-t-il.

Juste après Lyon, il signe à Toulouse, pour 60 000 euros par mois. «Mais quand vous êtes célibataire, les impôts prennent la moitié et je remboursais quasiment 20 000 euros par mois». Au lieu de tirer la sonnette d'alarme, sa banque augmente son plafond, lui autorise jusqu'à 90 000 euros de découvert et la fête continue... Pour rembourser une partie de ses dettes, il a du se débarrasser de ses rares placements immobiliers. Et perdre de l'argent. «Des gens vous disent: «Tu dois absolument défiscaliser...» Et là, on vous vend un appartement que vous payez un tiers plus cher que ce qu'il coûte juste parce que vous êtes footballeur.»

Aujourd'hui, Bryan Bergougnoux conseille aux jeunes de placer leur argent sur des comptes bloqués ou des assurances-vie. Il leur rappelle que sur une carrière d'une douzaine d'années, l'euphorie sportive et financière ne dure que trois ou quatre ans. Il les encourage à se méfier des gens qui lui disent de faire attention. «Finalement, ce sont ces mauvais conseillers qui m'ont fait le plus de mal. Les gens de mon quartier ne m'ont quasiment jamais rien demandé.» Son seul regret aujourd'hui: «ne plus être en mesure d'aider ma famille».

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