Après avoir passé près de quatre mois en détention provisoire, à Genève puis à La Chaux-de-Fonds, Bulat Chagaev est sorti vendredi matin de prison, a révélé Le Matin sur son site internet.

L’Autorité neuchâteloise de recours en matière pénale a admis le recours de l’ancien président de Xamax contre l’ordonnance de prolongation de sa détention provisoire jusqu’au 31 mai, prononcée le 20 avril par le Tribunal des mesures de contrainte. Toujours prévenu de gestion fautive et de faux dans les titres, Bulat Chagaev n’est pas pour autant libre de ses mouvements. Selon les termes de l’arrêt de l’Autorité de recours, que Le Temps a pu consulter, l’homme d’affaires tchétchène a l’interdiction de quitter la Suisse et l’obligation de se présenter deux fois par semaine dans un poste de police. Il a également dû rendre son passeport russe aux autorités neuchâteloises et fournir une caution de 700 000 francs, sous la forme d’une cédule hypothécaire portant sur la villa de Saint-Sulpice (VD) que possède sa femme.

Bulat Chagaev et ses avocats avaient proposé de mettre en garantie une Bentley séquestrée par le Ministère public neuchâtelois le 16 février dernier, mais l’Autorité de recours a décliné l’offre, jugeant que la mesure n’était «pas adéquate».

Pour justifier la mise en liberté de Bulat Chagaev, l’Autorité de recours écrit que «s’il existe de fortes présomptions de culpabilité ainsi qu’un risque de fuite, la détention provisoire n’est plus matériellement proportionnée». En substance, l’autorité constate que l’instruction pour gestion fautive est loin d’être terminée – «elle risque de s’apparenter à un audit général des derniers mois de la société» – et qu’une détention prolongée de Bulat Chagaev risquerait de dépasser la peine à laquelle il s’expose en cas de condamnation. L’autorité constate également qu’au cours de sa détention, Bulat Chagaev n’a été auditionné qu’une seule fois par le Ministère public et une seule fois par la police. Or, écrit-elle, «on imagine difficilement sur quelle base un prévenu pourrait être maintenu en détention quelques semaines ou mois supplémentaires, alors qu’il est clair qu’il ne pourra rester détenu jusqu’à son renvoi devant un tribunal si cette détention ne sert pas à accomplir les actes d’instruction qui nécessitent impérativement la présence de l’intéressé.» Entre les lignes, l’Autorité de recours semble reprocher au parquet de ne pas avoir suffisamment cadré ses investigations et de ne pas avoir donné de lignes directrices assez précises à la police, à qui il a délégué une partie de l’enquête.

Contacté, le procureur Yanis Callandret ne considère pourtant pas la mise en liberté de Bulat Chagaev comme un désaveu. «Pour nous, la détention ne servait qu’à prévenir le risque de fuite. Nous nous opposions à sa mise en liberté, à moins qu’il n’accepte de verser une caution. Il a accepté le principe devant l’Autorité de recours, il s’est donc rallié à ce que nous proposions.» Quant aux éventuels chefs d’accusation qu’il retiendra en cas de procès, le procureur précise que «l’instruction se poursuit sur la gestion fautive, alors que le faux dans les titres a déjà été instruit et devrait faire l’objet d’un renvoi devant le tribunal.» Bulat Chagaev fait également l’objet d’une plainte de l’Etat de Neuchâtel pour détournement de l’impôt à la source sur les salaires des joueurs du club.

Pas de statut légal en Suisse

Reste la question épineuse du statut légal de Bulat Chagaev en Suisse. Selon ses propres dires, il ne dispose que d’un visa Schengen jusqu’en 2013, insuffisant pour résider en Suisse de manière permanente. Or l’Autorité de recours lui interdit de quitter le pays… Pour résoudre le problème, elle «invite le Ministère public à intervenir, si nécessaire, auprès des autorités administratives» pour s’assurer que l’homme d’affaires reste en Suisse jusqu’à l’issue de la procédure pénale.

Comment Bulat Chagaev entend-il profiter de cette liberté retrouvée? «Mon client ne fera pas de déclarations, répond l’une de ses avocates, Me Françoise Trümpy. Nous sommes dans la phase de l’enquête, le procureur étaie ses soupçons pour établir un acte d’accusation et Monsieur Chagaev restera en Suisse jusqu’à la fin de la procédure. Mon prochain mandat consiste justement à négocier son statut.»

Interrogé sur la mise en liberté de Bulat Chagaev, Me Vincent Solari – qui avait porté plainte contre lui le 7 novembre dernier au nom du créancier Ralph Isenegger, pour faux dans les titres et escroquerie au procès – n’a quant à lui pas désiré s’exprimer.