La Chuenisbärgli d’Adelboden est au slalom géant ce que la Streif de Kitzbühel est à la descente: davantage qu’une piste de ski, un mythe, un temple. Question de difficulté technique, de profondeur historique mais aussi de ferveur publique. «Dans le dernier mur, les spectateurs te poussent littéralement; il n’y a qu’à Adelboden que l’on vit ça», confirme Justin Murisier.

Le Valaisan a pris part à huit géants dans la station de l’Oberland bernois, dont deux en 2021 qui restent gravés dans sa mémoire pour de mauvaises raisons: ils s’étaient déroulés à huis clos. «C’était mort de chez mort, on se serait cru dans une course FIS [troisième niveau international]. Je ne veux plus jamais revivre ça.»

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«Jamais», il faudra voir, mais en tout cas, cette année, le public sera présent dans le stade d’arrivée. Il y aura foule pour le géant de ce samedi (10h30/13h30) et le slalom du lendemain (même horaire). Idem la semaine prochaine pour le gargantuesque programme des Lauberhornrennen de Wengen: un super-G le jeudi, deux descentes vendredi et samedi, un slalom dimanche. Les traditionnelles courses en Suisse de cette mi-janvier se dérouleront dans une bulle de normalité.

Mauvais souvenirs

C’est à la fois réjouissant, et un peu étrange. Dans le pays, le nombre de nouvelles contaminations quotidiennes au Covid-19 reste très élevé (28 038 ce vendredi). Dans tous les secteurs de l’économie, les quarantaines pèsent lourd sur la marche des affaires. Dans l’Oberland bernois, certains hôtels ferment momentanément faute d’un personnel suffisant pour accueillir leurs hôtes.

Le Cirque blanc, lui, ne cesse de voir ses représentations perturbées par les secousses pandémiques. Des athlètes sont à l’isolement. La station autrichienne de Schladming a dû reprendre au débotté l’organisation du slalom de Flachau, prévu mardi 11 janvier, où la prévalence du virus était trop préoccupante.

De quoi rappeler de mauvais souvenirs aux organisateurs des épreuves de Coupe du monde de Wengen. En 2021, une semaine après le triste huis clos d’Adelboden, celles-ci avaient été purement et simplement annulées à la suite d'une flambée pandémique dans le village. Une descente avait été reprise par Kitzbühel, l’autre par Saalbach-Hinterglemm et le slalom avait fini par se dérouler à… Flachau.

Fatalité et action

Du côté des skieurs suisses, on ne nie pas la crainte de «choper» le Covid-19 à l’approche imminente des Jeux olympiques de Pékin. «Je restreins un peu mes interactions sociales, mais il y a une part de fatalité, si ça nous attrape, ça nous attrape», lâche Loïc Meillard. «Je vais un peu moins voir ma famille durant le mois de janvier, très important pour le slalom», note le spécialiste Daniel Yule.

Ramon Zenhäusern est clairement le plus précautionneux: «Là, c’est chaud, très chaud, souffle-t-il. A Zagreb, il y avait toutes les équipes dans le même hôtel, hommes et femmes… j’ai préféré manger en chambre qu’au restaurant. J’ai aussi acheté un purificateur d’air. Et je porte souvent des gants.» Plusieurs fois gravement blessé au cours de sa carrière, Justin Murisier préfère relativiser: «Au pire, je rate deux trois courses à cause du covid. A côté des hivers entiers que j’ai manqués…»

Sportivement, les perspectives sont plus joyeuses. L’équipe de Suisse est en forme, derrière un Marco Odermatt souverain depuis le début de la saison. Surtout en géant. Le Nidwaldien de 24 ans en a disputé quatre, gagné trois. Leader du classement général de la Coupe du monde, il condamne ses camarades à «se tirer la bourre derrière lui», dixit Justin Murisier. Qui se sent toutefois capable, ce week-end, d’aller «chercher tout devant», convaincu que cette année, un Suisse s’imposera sur le géant de la Chuenisbärgli pour la première fois depuis 2008 et le succès de Marc Berthod.