Une exposition mettant en scène le sport et l'art dans la société contemporaine a été présentée hier au Palais des Nations unies de Genève dans le cadre de la journée mondiale contre le racisme (lire ci-dessous). L'occasion pour Adolf Ogi d'étrenner ses nouvelles fonctions en tant que conseiller spécial pour le sport au service du développement et de la paix auprès de l'Organisation des Nations unies (ONU). Un costume visiblement taillé sur mesure pour l'ancien ministre de la Défense.

Dans l'un des halls marbrés du palais, des images défilent sur un écran. On peut observer sans chronologie aucune la coureuse australienne Cathy Freeman, servant la cause aborigène en allumant la flamme olympique lors des Jeux olympiques de Sydney 2000, les équipes iranienne et américaine de football bras dessus bras dessous pendant la dernière Coupe du monde de football en France, ou encore l'athlète Tommie Smith sur le podium des JO de Mexico 1968, le poing ganté de noir et tendu vers le ciel en signe de protestation contre la discrimination raciale aux Etats-Unis. Des clichés parmi d'autres illustrant les rapports étroits entre la politique et le sport, ainsi que la capacité de ce dernier à briser les barrières et les différences.

L'action d'Adolf Ogi s'inscrit dans cet esprit. «Je crois profondément à la valeur du sport qui, au même titre que la musique, est un langage universel apte à promouvoir la tolérance et la compréhension dans le monde, explique le Bernois. Je rends hommage à Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, qui a donné une chance supplémentaire à la paix et à la lutte contre les injustices en créant ce poste. C'est un honneur pour moi de lutter à ses côtés, afin d'infliger un carton rouge au racisme et aux inégalités, car l'amitié ne doit pas avoir de couleur.» Le ton se veut vif et convaincant. La silhouette est alerte et le regard plein d'enthousiasme et de volonté. L'auditoire semble conquis par le verbe percutant de l'ancien conseiller fédéral. Motivé par son mandat d'une année, Adolf Ogi a tout du champion à l'aube d'une longue et importante épreuve. Comme tout sportif, il doit bâtir un environnement propice afin d'optimiser son potentiel.

«Je ne manque pas d'idées, mais rien n'est très concret pour l'instant. Il est donc trop tôt pour s'avancer. Je n'ai pas encore de bureau et le budget mis à ma disposition n'est pas déterminé, déclare, prudent, Adolf Ogi. Je dois définir un mode de fonctionnement et effectuer un tour d'horizon afin de savoir sur quel soutien je peux compter, notamment au niveau du Conseil fédéral, sans qui je ne peux rien faire.» S'il feint une incertitude encore de mise, l'ancien directeur de la Fédération suisse de ski (de 1969 à 1981) semble savoir où il va. Les contours principaux de son combat sont déjà dessinés. «La Coupe du monde de football en Corée du Sud et au Japon ainsi que les Jeux olympiques de Salt Lake City constituent deux plates-formes que nous devrons exploiter l'an prochain. Mais la lutte doit surtout être menée au bas de l'échelle, ajoute-t-il. Les inégalités sociales sont terribles et nombre d'enfants ont besoin d'éducation et de matériel. Ils peuvent trouver une aide à travers le sport.» Le tiers-monde constitue un terrain essentiel, puisqu'il s'agit de venir en aide aux plus démunis.

Souvent prétexte au défoulement, à la violence et à la haine, véritable monstre économique, le sport doit aujourd'hui exploiter sa puissance et prouver qu'il peut apporter une harmonie nouvelle. Selon Adolf Ogi, le monde sportif a un tribut à payer à la société. Récemment, le célébrissime Zinedine Zidane s'est engagé afin de mettre à mal les progrès désespérants de la pauvreté dans le monde. Un but beaucoup plus significatif que ceux qu'ils ont coutume d'inscrire sur les terrains européens. Ce geste généreux de la part de deux stars du ballon rond alimente l'optimisme naturel d'Adolf Ogi: «Ce qu'ils ont fait est fantastique. On peut combattre l'injustice avec des mots, des idées ou des images, mais aussi avec le sport. Mon objectif est de revivre des moments aussi forts que l'entrée des délégations des deux Corée dans le stade olympique de Sydney l'an dernier. Depuis ce jour, les deux états communiquent. Je veux aller dans ce sens.»

S'il parvient à ses fins et justifie la confiance que son ami Kofi Annan a placée en lui, ce passionné de sport va au devant de belles satisfactions. La médaille commémorant le centenaire de la Gazzetta dello Sport que lui a remis hier Candido Cannovò, le directeur général du quotidien transalpin, appelle sans doute des récompenses d'un tout autre acabit.