Scandale

A Aigle, le directeur vautour de l’UCI

Directeur depuis 2009 du Centre mondial du cyclisme (CMC), le Français Frédéric Magné a été licencié par l’Union cycliste internationale pour «perte de confiance». Il lui est reproché «un harcèlement moral systématique»

L’ancien champion du monde de cyclisme sur piste Frédéric Magné, directeur depuis 2009 du Centre mondial du cyclisme (CMC) à Aigle (VD), a été licencié mi-octobre pour «perte de confiance», a appris lundi l’AFP auprès de l’Union cycliste internationale (UCI). Le Français est accusé selon différents témoignages de harcèlement, d’abus de pouvoir et d’avoir «régné par la terreur». «Sur la base d’informations reçues, l’UCI a considéré que le lien de confiance était rompu et M. Frédéric Magné a quitté ses fonctions de directeur du CMC», a indiqué à l’AFP un porte-parole de l’UCI.

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Selon plusieurs témoignages concordants, Frédéric Magné a été durant dix ans l’auteur de faits s’assimilant à du harcèlement moral systématique auprès des cyclistes stagiaires comme des employés, d’abus de pouvoir et d’abus de biens sociaux. Ainsi, l’ancien champion, «violent et manipulateur», maintenait ses employés «sous pression par une forme de terreur», recherchant une soumission «sans limites» et les menaçant de représailles, ce qui explique la volonté des témoins de rester anonymes.

Employés corvéables à merci

Joint au téléphone lundi par l’AFP, Frédéric Magné a indiqué qu’il ne pouvait «rien dire. Je ne peux faire aucun commentaire, je suis lié par une clause de confidentialité.» Son avocat, Mathieu Blanc, a «fermement contesté la matérialité des faits» évoqués dans les différents témoignages, ajoutant que ces accusations ont été «constituées par des personnes qui souhaitent attenter à la réputation» de son client. Pour l’avocat, la rupture du contrat fait suite «à des divergences de vues politiques et stratégiques».

Agé de 50 ans, Frédéric Magné a été trois fois champion du monde de keirin et quatre fois champion de monde de tandem, associé à Fabrice Colas, dans les années 1980 et 1990. Il dirigeait depuis 2009 le CMC, centre de formation et d’entraînement de haut niveau, placé sous le contrôle de l’UCI et qui accueille depuis 2002 des cyclistes du monde entier, dans trois disciplines olympiques: route, piste et BMX.

Cyclistes africains rabaissés

C’est à la suite de l’audition d’un employé dont il avait refusé de renouveler le contrat que l’UCI a obtenu des informations concordantes sur les abus et dérives du directeur du CMC. Selon les témoignages, Frédéric Magné exerçait des pressions continues et du chantage à l’emploi, allant jusqu’à exiger et obtenir de certains employés des contreparties matérielles substantielles. Tout-puissant, secondé selon les mêmes méthodes par une numéro 2 devenue sa maîtresse, il obligeait les employés à nettoyer son garage personnel, tondre sa pelouse, laver son vélo ou sa voiture et accompagner ses enfants à l’école, pendant que les deux partaient faire une sortie à vélo ou d’autres activités sportives, et ce pendant leurs heures de travail.

Quant aux sportifs dont il avait la charge, Frédéric Magné exerçait sur eux «une forme de discrimination permanente». Ainsi les cyclistes africains, victimes de racisme et rabaissés systématiquement, ne pouvaient-ils pas bénéficier du même équipement que les autres. Il les dénigrait constamment en leur disant de «rentrer en Afrique» et ne montrait aucun respect pour les musulmans et leurs exigences alimentaires. Il avait ainsi pris la décision sur un coup de tête de renvoyer dans leur pays tous les athlètes africains, sous prétexte qu’un Erythréen s’était enfui du CMC. L’ancien pistard utilisait les mêmes méthodes avec des cyclistes sud-américains et s’était également rendu coupable de «harcèlement moral» envers de nombreux autres cyclistes.

Cadeaux à des personnalités

Pour rester en place toutes ces années, il exerçait aussi un chantage sur les employés en les dissuadant de dénoncer les abus répétés subis et profitait également de la succession de différents présidents à la tête de l’UCI pour se présenter sous son meilleur jour. L’ex-champion soignait également particulièrement ses relations avec des personnes puissantes et influentes. Il est ainsi soupçonné d’avoir offert, sur les fonds du CMC, des vélos sur mesure d’une valeur de plusieurs milliers d’euros «à des proches, des connaissances et des personnalités locales et internationales du milieu politique et sportif dont il était très proche et avec qui il roulait parfois», selon les mêmes sources.

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