Interview

Alain Joseph: «Réinstaurer une identité locale était un passage obligé»

Maintenant que le Lausanne-Sport est de retour en Super League, que reste-t-il de son fameux «projet»? A quelques jours de la reprise, le président Alain Joseph répond

Le Lausanne-Sport fera son retour sur les pelouses de Super League dimanche contre Grasshopper (13h45 à Zurich), mais l’heure de la rentrée a sonné mercredi, avec la conférence de presse de reprise du club vaudois néo-promu. Devant une salle comble de journalistes, le président Alain Joseph a défini les objectifs de la saison à venir («installer le LS durablement dans l’élite»), le coach Fabio Celestini a présenté un contingent fortement renouvelé (une dizaine d’arrivées, autant de départs) et le capitaine Olivier Custodio a dit son enthousiasme de poursuivre l’aventure.

Mais où en est le fameux «projet» du Lausanne-Sport – aligner de jeunes Vaudois, bien jouer – après la promotion fêtée en juin dernier? Alain Joseph a répondu au Temps.

Le Temps: Le fameux «projet» du LS a-t-il aujourd’hui abouti?

Alain Joseph: Dans mes fonctions de dirigeant, j’ai toujours été plus intéressé par la formation que par la première équipe. La saison dernière, j’ai enfin pu réaliser l’objectif qui était le mien en m’impliquant dans un club de football, soit d’avoir une structure qui permette de faire jouer des jeunes, et un entraîneur qui s’y ose. A titre personnel, il y a donc une forme d’aboutissement. Maintenant, pour le club, nous n’avons posé que la première pierre. C’est sur la durée que le projet sera une réussite.

- Derrière la promotion du LS, il y a l’entraîneur Fabio Celestini, qui a prolongé son contrat avant l’été. Avez-vous eu peur de le perdre?

- J’espérais de tout cœur qu’il reste. Et nous avons entamé les négociations dès le mois de janvier dans ce sens. Maintenant, s’il était parti, cela aurait été pour de bonnes raisons car je sais son attachement à ce que nous faisons ici. Quelque part, j’avais essayé de me faire à l’idée qu’il pouvait nous quitter. Alors cela aurait été à nous de prolonger ce qu’il a mis en place. Mais d’être parvenu à un accord avec lui, c’est notre grande réussite de l’intersaison. Le même contingent, sans lui, n’aurait pas eu la même valeur.

- Le parti pris du LS était de miser sur de jeunes joueurs vaudois, qui représentaient 80% du contingent la saison dernière. Ils ne sont plus que 50% aujourd’hui. Ce n’est plus une préoccupation centrale?

- Bien sûr que si, et je pense que nous serons le club de Super League alignant le plus de joueurs formés au sein de sa propre structure. Il est normal qu’en montant d’une ligue, ce pourcentage diminue. Il y a d’abord eu des choix sportifs. Pour certains, la marche était trop élevée. Et puis il y a le cas du latéral Numa Lavanchy, qui a choisi de partir pour Grasshopper, ce qui est naturel dans l’optique de sa progression. Mais de toute façon, la préoccupation est de valoriser ce que nous faisons en matière de formation et avec 50% de joueurs passés par Team Vaud, nous le faisons. Après, vaudois, pas vaudois… Moi, je n’aime pas les frontières.

- Que voulez-vous dire?

- Que je n’aime pas les inégalités. Je rêve d’un monde où les couleurs se mélangent, où toutes les religions se côtoient. En fait, je n’aime pas les frontières quand on parle de les fermer, mais quand il s’agit de les traverser pour amener quelque chose à l’autre, alors oui. Cette saison, nous accueillons des renforts panaméen, brésilien, costaricain, et tout se fait dans l’harmonie. C’est magnifique.

- Le LS de la saison dernière était-il trop vaudois?

- Non, bien sûr. Et c’était même un passage obligé de réinstaurer une identité locale forte. Pour bien accueillir le visiteur, il faut que les choses fonctionnent à l’interne. Qu’on puisse lui transmettre des valeurs quand il arrive. Les deux saisons précédentes, nous avions mal travaillé avec nos renforts étrangers. Cette fois-ci, nous avons trouvé un excellent équilibre.

- Le second aspect du «projet», c’était de pratiquer un football léché. La marque de la maison, ou juste de l’entraîneur Fabio Celestini?

- Moi, je veux du contenu. Cela m’importe même davantage que le résultat, mais je suis convaincu que l’un mène à l’autre. S’il faut choisir entre terminer deuxième avec un jeu fantastique ou premier avec un football pourri, je laisse le titre sans hésiter. Après, si nous avons choisi Fabio Celestini, c’est parce qu’on savait que c’était un entraîneur qui allait amener beaucoup de jeu. J’aime ces coaches de culture latine, qui étaient avant des milieux de terrain. Lucien Favre, Ciriaco Sforza, Fabio Celestini…

- Vous avez repris la présidence du club en 2013. Une année après, il était relégué en Challenge League. Avez-vous tiré des leçons de cet échec?

- Pas davantage que lors d’une saison à succès. Chaque expérience vous fait avancer. Mais mine de rien, j’ai été le premier président de l’histoire du LS à connaître une relégation sportive. Ce n’est pas anodin… Aujourd’hui, j’arrive à en sourire. Mais pas à en rire. Au passage, j’ai appris que, pour moi, la douleur terrible d’une relégation était plus intense à vivre que la joie d’une promotion.

- Lausanne avait l’ambition de retrouver la Super League à terme. Mais finalement, cela n’aurait-il pas été plus compliqué de monter cette saison, maintenant que Zurich se retrouve en Challenge League?

- Notre promotion n’était pas planifiée. C’était une agréable surprise. Maintenant, avec Zurich, Aarau, Xamax et Servette, il y a effectivement un sacré niveau en Challenge League. Alors, si notre objectif était, à l’époque, de monter dans les deux ans, je crois que oui, nous avons bien fait de le faire dès la première année.

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