Automobilisme

Alain Prost: «Le succès sportif et technologique de la Formule E est réel»

Copropriétaire (avec Renault) de l’écurie E.Dams, Alain Prost se réjouit de l’intérêt grandissant pour les courses de voitures électriques, qui rouleront pour la première fois dans Paris samedi

Salon de l’Auto de Genève, stand Renault. Côté face, suspendue à la verticale, la nouvelle Formule 1 de la marque au losange, qui s’apprête à faire son grand retour au Championnat du monde de F1, pivote lentement sur un présentoir. Côté pile, une autre monoplace fuselée aux proportions semblables se dévoile. C’est la Formule E, la formule électrique, de l’écurie e.dams que la Régie possède en copropriété avec Alain Prost.

Le quadruple champion du monde de F1 est toujours l’ambassadeur de Renault, mais il n’a de rôle opérationnel qu’en Formule E. L’an dernier, ses deux pilotes, son fils Nicolas et Sébastien Buemi, lui ont rapporté le titre mondial des constructeurs.

Le pilote vaudois vise cette saison le titre des pilotes mais après un début de saison canon, il a laissé son grand rival brésilien Lucas Di Grassi (écurie Abt) revenir à sa hauteur. Des résultats sur courant alternatif qui n’altère pas la passion en continu d’Alain Prost pour le sport automobile, surtout quand il est couplé à la recherche technologique.

Le Temps: Qu’aimez-vous dans la Formule E?

Alain Prost: C’est une discipline nouvelle, en plein développement, avec beaucoup de paramètres qui en font une catégorie très complexe. J’aime beaucoup ce côté «défricheur». Il faut parvenir à mettre bout à bout tous les éléments de la chaîne qui conduit au succès. Nous avançons course après course, en essayant de nous améliorer à chaque fois. L’an dernier, nous avons raté le titre pilote pour un point à cause de quelques petites erreurs. Nous avons donc beaucoup travaillé pour optimiser le «package» mais il nous reste à stabiliser les résultats.

A l’image de ceux de Sébastien Buemi, parfois intouchable, parfois maladroit?

– C’est un super pilote. Il veut le titre mondial qui lui a échappé l’an dernier, et il l’aura s’il est raisonnable. Il a parfois trop confiance en ses capacités, ce qui lui a coûté parfois de prendre la mauvaise décision. Mais lui aussi s’améliore à chaque course.

La Formule E connaît de plus en plus de succès, comme en témoigne ce premier Grand Prix organisé à Paris. Jusqu’où cela peut-il aller?

– C’est difficile à dire. Pour le moment, on ne peut que constater que cela prend bien. Jaguar, Williams vont bientôt nous rejoindre, comme sans doute 3 ou 4 autres constructeurs historiques. Le succès sportif, technologique, est réel. C’est le plus important. Après, je pense qu’il faut être très prudent. La Formule E ne doit pas chercher à se comparer à la Formule 1, cela n’a pas de sens. La Formule E attire un public beaucoup plus jeune, elle a la chance de pouvoir organiser des courses en pleine ville; elle doit capitaliser là-dessus et rester très cohérente sur le transfert de technologie vers les voitures de série.

Quel est le risque?

– Cela fait vingt ans que l’on parle des voitures électriques. Mais cela s’est longtemps limité à des batteries achetées en Asie et mises dans le moteur. Cette fois, il y a un vrai projet, où la voiture est pensée autour de la batterie. Le poids, la température, le châssis, tout est conçu en fonction de la spécificité du moteur électrique. Dans trois ans, une voiture de Formule E sera capable de faire une heure de course sans changer de batterie. On aura doublé le potentiel et fait avancer la technologie.

Mais il faut faire attention à l’aspect économique car cela coûte extrêmement cher. Inventer n’est jamais un problème: le turbo existait pendant la deuxième guerre mondiale, le moteur électrique a près deux cents ans… Ce qui est difficile, et ce qui importe, c’est d’adapter une invention aux conditions actuelles pour la rendre exploitable.

Vous pensez qu’un jour la propulsion électrique remplacera le moteur essence?

– Je ne suis pas favorable à l’idée qu’une technologie doive s’imposer à 100%.

Vous avez expérimenté toutes les facettes du sport automobile, cela vous aide-t-il dans ce projet?

– D’une certaine manière, sans doute. Mais je n’ai à chaque fois pensé qu’à l’instant présent. Je suis passionné par le sport et j’ai toujours été très ouvert au développement de tout type de technologie. Après, ce n’est qu’une question d’opportunités, de moyens et de règlements.


Vidéo proposée par Julius Baer, qui a soutenu la rédaction de cet article


 

Une première à Paris

La septième manche du Championnat du monde de Formule E 2015-2016, samedi à Paris, est doublement historique. Parce que cela fait huit ans que la France n’avait accueilli de course de monoplaces, et parce qu’il faut remonter à l’après-guerre pour voir des bolides courir (légalement) dans la ville-lumière.

D’une longueur de deux kilomètres, le circuit tourne autour de l’hôtel des Invalides. En plein cœur de Paris, donc. Les 15 000 spectateurs déjà munis d’un billet (guichets fermés) découvriront des monoplaces compétitives qui n’émettent pas de CO2 et très peu de bruit. En Formule E, on ne s’arrête pas à mi-course pour ravitailler mais pour changer de voiture! Les ingénieurs promettent que d’ici trois ans, les batteries auront gagné suffisamment d’autonomie pour tenir toute une course.

D’ici là, la catégorie aura également conquis de nouveaux marchés. Comme Paris, Moscou, Berlin et Londres ont ouvert les portes de la cité à la voiture électrique.

Publicité