De la neige de Macolin à la température printanière de Lisbonne, le choc climatique promet d'être agréable. Ils ne seront pourtant que trois athlètes suisses à pouvoir en profiter, lors des prochains Mondiaux en salle (9-11 mars). Au terme des championnats suisses disputés sur les hauts de Bienne, seul Alain Rohr (400 m) a rejoint ce week-end sur la liste des qualifiés André Bucher (800 m) et Peter Philipp (1500 m), en obtenant dimanche la limite qualificative. Une délégation rachitique, un groupe réduit comme rarement, que les responsables de l'athlétisme suisse justifient en évoquant les blessures de deux de leurs leaders, Marcel Schelbert et Raphaël Monachon, mais aussi l'extrême sévérité des critères de qualification fixés par la Fédération internationale dans les disciplines techniques et le renoncement de Daniel Dubois, le Fribourgeois vainqueur samedi du 60 m.

Daniel Dubois renonce

«Daniel s'est fixé comme but de se qualifier pour les Mondiaux en plein air d'Edmonton, au mois d'août, explique Peter Schläpfer, le directeur technique de la Fédération suisse. Il a planifié sa préparation de manière très précise, et une participation aux Mondiaux de Lisbonne bouleverserait son programme.» Exit donc Daniel Dubois! Et place à un trio Rohr-Bucher-Philipp dont seul le premier membre s'est imposé dimanche sur sa distance de prédilection!

Un championnat de Suisse d'athlétisme en salle, c'est une juxtaposition de rêves et d'espoirs variés, un mélange de champions aux dents longues venus préparer des compétitions plus importantes ou se mettre en jambes en prévision de la saison en plein air, d'étoiles dont on guette la lumière et de jeunes gens en quête d'un simple record personnel. Ambiance bon enfant, un petit millier de spectateurs dans la seule salle de Suisse adaptée à la pratique de l'athlétisme, applaudissements en rythme et quelques coups d'éclat, comme ces 17 m réussis au triple saut par le Cubain du LC Zurich Alexander Martinez (contre un record helvétique à 15 m 85).

Dans ce contexte de kermesse tranquille, André Bucher aura pu se convaincre que le 400 m reste une discipline à part, réservée aux sprinters endurants. Parti s'entraîner pendant tout le mois de janvier au Mexique, puis revenu en Europe disputer une minisaison de salle, raccourcie par la date tardive des Jeux de Sydney et boudée par une bonne partie des stars mondiales de l'athlétisme, le spécialiste du 800 m voulait tester sa pointe de vitesse. En fait de test grandeur nature, l'instituteur lucernois (3e) a surtout pu admirer le dos d'Alain Rohr et du Fribourgeois Nicolas Baeriswyl, dimanche sous les néons de la salle de «La fin du monde». Partis comme des fusées, les deux membres du relais suisse du 4 x 400 m aux Jeux ont survolé la course la plus attendue du week-end, avec à la clé une limite qualificative pour les Mondiaux pour Alain Rohr (46''57, contre 47'' exigés).

L'autre locomotive de l'athlétisme suisse, Anita Weyermann, ne fera pas, quant à elle, le voyage à Lisbonne. «Depuis la saison dernière, je suis angoissée avant les courses, disait-elle quelques jours plus tôt. Je dois réapprendre à ne pas me poser trop de questions, et seuls de bons résultats peuvent m'y aider.» Son 3000 m de dimanche l'aura rassurée à moitié. Opposée notamment à la Franco-Suisse Chantal Dällenbach, la plus déconcertante des athlètes suisses a fait toute la course en tête, pour terminer avec plus de cent mètres d'avance sur sa principale adversaire. Mais son temps (9'29''41, soit près de 30 secondes de plus que la limite requise) ne lui a pas laissé la moindre illusion, même s'il constitue un nouveau record national.

Au terme de ce week-end tranquille, reste quelques victoires plus marquantes que d'autres (Philippe Bandi devant Peter Philipp sur 800 m), des espoirs déçus (ceux du Biennois Martin Stauffer, vainqueur du saut en hauteur, mais loin de la limite qualificative). Et un point positif dont les dirigeants suisses se seraient sans doute bien passés: le voyage à Lisbonne ne grèvera pas le budget de la fédération…