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Al-Attiyah, prince du désert et roi du rallye

Fils de ministre et médaillé olympique en ball-trap, le vainqueur du Dakar est le seul sportif qatari d’envergure internationale. Et peut-être le dernier gentleman-driver

Al-Attiyah, prince du désert et roi du rallye

Portrait Fils de ministre et médaillé olympique en ball-trap, le vainqueur du Dakar estle seul sportif qatari d’envergure internationale. Et peut-être le dernier gentleman-driver

Associez sport et Qatar dans une conversation ou sur un moteur de recherche et votre interlocuteur vous répondra vivement PSG, Barça ou Coupe du monde 2022. Avec un peu de recherche, il ajoutera la chaîne beIn, l’équipementier Burrda, le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, les Championnats du monde de natation en décembre dernier, ceux de handball en ce moment, de cyclisme l’an prochain. Mais le passionné de sport comme l’ordinateur peineront à citer spontanément le nom de Nasser Al-Attiyah.

Au volant à 12 ans

Ce pilote de rallye-raid de 44 ans a gagné samedi à Buenos Aires le Dakar, c’est-à-dire le mythique Paris-Dakar créé en 1979 par Thierry Sabine et transposé en 2008 en Amérique du Sud. Au volant de sa Mini, Al-Attiyah a largement dominé la catégorie auto, remportant cinq étapes. Déjà vainqueur en 2011, il est le seul sportif qatari crédible, alors que son pays investit massivement dans le sport depuis une dizaine d’années pour exister sur la scène internationale. Il l’est même deux fois, puisqu’à la course automobile, il ajoute une passion pour le tir sportif qui lui a valu de participer cinq fois aux Jeux olympiques d’été. A Londres, en 2012, il a obtenu une médaille de bronze en ball-trap. Pas la discipline la plus glamour, mais le Qatar n’a, pour une fois, pas les moyens de mégoter. Ce n’était que la troisième médaille (toutes de bronze) de la jeune histoire olympique du richissime émirat.

Nasser Al-Attiyah est le sportif le plus célèbre de son pays. «Il y a un livre sur moi dans les écoles», se plaît-il à souligner. Aîné d’une famille de sept enfants, il est le cousin germain de l’émir Hamad bin Khalifa al-Thani. Son père fut ministre de l’Energie. Lui dit n’avoir «jamais pensé devenir docteur ou médecin. Je voulais devenir sportif et faire quelque chose pour mon pays.» Dans une région du monde où la population ne pratique le sport que depuis deux générations, sa détermination tranche.

A 12 ans, il sait conduire parce que, dit-il, «chez nous, il n’y a pas de police». Mais à 21 ans, lassé de prêcher dans le désert, il arrête le rallye et se tourne vers le tir. Il y revient en 2003, avec l’assurance d’être cette fois soutenu par sa fédération. Nul besoin de sponsor puisque sa famille détient le conglomérat Barwa, premier groupe immobilier de l’émirat. Vainqueur du Dakar en 2011, il devient un ambassadeur choyé. L’Etat, qui pousse depuis des années pour organiser un Grand Prix de formule 1 en 2016, le place en 2012 chez Citroën, aux côtés du multiple champion du monde Sébastien Loeb. Sans aucune expérience de la route. Il décroche une médiocre 12e place au classement.

«Simple et généreux»

Revenu au rallye-raid, il fait l’unanimité. «Il est doué, ce n’est pas un besogneux, témoigne le Français Guerlain Chicherit. J’ai été son équipier pendant quatre ans et il s’est toujours montré fair-play et amical. Il était super, partageait les infos, s’arrêtait s’il fallait aider. C’est un mec charmant, simple et généreux.» Le prince du désert n’a mordu la poussière qu’une fois, en 2012, lorsqu’il présente sa candidature à la Commission des athlètes du CIO. Seul postulant arabe alors que deux membres arabes quittaient la commission, il est arrivé bon dernier, boycotté par les pays arabes.

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