Evgueni Kafelnikov est un héros. Il est le seul, depuis la victoire de l'Argentin Martin Jaite en 1990, à avoir mis à mal la domination espagnole sur Gstaad. Il y a quatre ans, le Russe avait battu le Suisse Jakob Hlasek en finale. Cette parenthèse exceptée, seuls des Espagnols se sont imposés dans l'Oberland bernois. Et le verdict de la présente édition est venu s'inscrire dans la plus pure tradition du tournoi.

C'est en effet à nouveau un Ibère, Albert Costa, qui a triomphé, et ce succès ne constitue en aucune manière une surprise. Le Catalan en est à sa cinquième participation à cette épreuve, qu'il a gagnée il y a trois ans et dont il a atteint les quarts de finale la saison dernière. Il possède toutes les caractéristiques pour se sentir à l'aise dans les conditions de jeu particulières qui règnent dans l'Oberland. Il a la solidité du fond de court qui convient à la terre battue, et il sait mettre des effets dans ses coups, notamment au service, ce qui se révèle extrêmement efficace en altitude. Tout cela rappelle beaucoup un certain Sergi Bruguera, le double vainqueur de Roland-Garros, qui avait mérité le surnom de Mister Gstaad en s'adjugeant trois fois consécutivement le tournoi, de 1992 à 1994.

Le succès final d'un Espagnol paraît si logique qu'on oublie qu'il a failli ne pas avoir lieu. En demi-finale, Younes El Aynaoui s'est en effet retrouvé à deux doigts, ou plutôt à deux points, d'éliminer le futur vainqueur. Le Marocain a mené un set à zéro, puis 5-4 dans le jeu décisif de la deuxième manche, sans mini-break toutefois, avant de s'incliner. Un peu émoussé, parce qu'il disputait là sa neuvième rencontre en moins de deux semaines, El Aynaoui n'a pas réussi à parer l'estocade. Une mésaventure survenue également dans l'autre demi-finale à l'Espagnol Felix Mantilla, qui a servi en vain pour le gain de la partie face à l'Equatorien Nicolas Lapentti.

Dimanche, Lapentti n'a résisté à Costa qu'au cours de la première manche, mais c'est bien lui qui mérite l'attention. Malgré la qualité indéniable de son jeu sur terre battue, l'Espagnol semble en effet être surtout l'homme d'une surface et possède une personnalité trop fade pour déchaîner les passions. Il en va autrement de Lapentti, capable de bien jouer sur dur, comme le prouve sa place de demi-finaliste aux Internationaux de d'Australie en janvier, et qui de surcroît possède le sens de l'humour et du spectacle.

Le public de Gstaad, qui a battu cette semaine un nouveau record d'affluence (46 930 spectateurs, contre 46 106 l'an dernier), s'est pris d'affection pour un joueur qui affiche comme ambition d'obtenir une place au Masters en fin de saison. S'il n'est pas sûr que ce jeune homme talentueux parvienne à ses fins en 1999, on peut parier qu'il fera encore souvent parler de lui, à Gstaad comme ailleurs. Un tournoi de Gstaad dont le sponsor principal, Rado, a annoncé qu'il diminuerait son soutien dès l'an prochain pour laisser sa place à l'UBS, selon des modalités qui restent encore à définir avec les organisateurs du