Les sprinters continuent à rivaliser d'audace, voire de folie, sur les routes pour l'instant planes du Tour de France, à jouer des coudes au cours d'arrivées menées tambour battant, émaillées de chutes à l'occasion. A ce jeu dangereux, l'Italien Alessandro Petacchi, vainqueur hier de la troisième étape entre Charleville-Mézières et Saint-Dizier, a prouvé qu'il était le plus rapide du moment. Qu'il avait, bien calée sur les épaules, la plus brûlée des têtes d'un peloton qui n'en manque pas.

La fusée de la formation Fassa Bortolo a fêté la quatorzième victoire de sa saison, dont six lors du dernier Giro et deux sur le Tour, puisqu'il s'était déjà imposé dimanche à Meaux. Mario Cipollini, non retenu pour la Grande Boucle et en vacances sur les plages égyptiennes, semble avoir été définitivement supplanté au sommet du sprint international. Par celui qui l'avait aidé à devenir champion du monde en octobre dernier à Zolder. «Ce n'est pas à moi de dire aujourd'hui si je suis le meilleur, commente Petacchi. Le fait est que j'ai remporté les deux tiers des sprints auxquels j'ai participé. C'est une bonne moyenne.»

Le coureur de La Spezia, âgé de 29 ans, manie la fausse modestie avec autant de bonheur qu'il écrase ses pédales à l'approche de la banderole d'arrivée. Ce grand amateur de gnocchi a même le toupet de faire la fine bouche sur sa condition actuelle, ce qui ne rassurera guère ses rivaux. «Je suis resté plus d'un mois sans compétition après le Giro et je suis loin de ma meilleure forme, explique-t-il sans rire. Lundi, je n'ai pas pu me mêler à la lutte finale, après avoir été lâché dans les dernières bosses de la course. J'avais le moral à zéro. C'est pourquoi ce succès me procure beaucoup d'émotion. Il m'indique que je suis sur la bonne voie.»

Car «Gentleman Sprinter», comme ses compatriotes le surnomment désormais, ne veut pas s'arrêter là: «J'ai décidé de prendre le départ de la Vuelta en septembre prochain. Ce serait magnifique de remporter une étape sur les trois grands Tours au cours de la même année.» En attendant, l'acrobate visera la passe de trois d'ici à la fin de la semaine, étant entendu qu'il devrait achever son numéro au pied des Alpes, comme avait coutume de le faire Mario Cipollini.

Petacchi, qui s'est pris de passion pour le cyclisme le jour où il a piétiné le canapé du salon en compagnie de son père pour saluer la victoire de son compatriote Giuseppe Saronni au Mondial de Goodwood en 1982, laissera ainsi champ libre à la concurrence. Celle-ci, emmenée par les Australiens Robbie McEwen, Stuart O'Graddy et Baden Cooke, tous formés aux rudes combats de la piste, continuera à prendre tous les risques pour devancer la meute enragée d'une courte tête lors des arrivées massives.

La hargne générale qui règne aux avant-postes au cours des derniers hectomètres d'un sprint a, hier encore, débouché sur une chute. Coureur de l'équipe Gerolsteiner, l'Autrichien René Haselbacher n'a pu s'extirper indemne du rush final, disputé dans une espèce d'entonnoir géant. Sans gravité, l'incident démontre à quel point l'exercice est aléatoire. Plus chanceux, plus habile peut-être, Petacchi s'est frotté de près avec le Letton Romans Vainsteins, son dauphin, à quelques encablures de la ligne…