«Ce record n'est pas aussi important que les médias le prétendent, mais je préférerais le battre avant l'Euro. Pour qu'on n'en parle plus.» On n'en parlera plus: Alexander Frei est devenu le meilleur buteur de l'histoire de l'équipe de Suisse vendredi soir pour l'inauguration de l'AFG Arena à Saint-Gall. Grâce à ses deux réussites lors du succès helvétique (3-0) devant le Liechtenstein, l'attaquant du Borussia Dortmund a dépassé Kubilay Türkyilmaz - 34 buts en 62 sélections. Le Bâlois, qui compte désormais 35 goals en 59 apparitions sous le maillot rouge à croix blanche, abordera l'Euro en pleine confiance, l'esprit libre.

Devant un public saint-gallois - 18 000 spectateurs, stade comble - tout heureux de penser à autre chose qu'à la récente relégation des siens en Challenge League, «Alex le Terrible» trouve la barre transversale de Peter Jehle dès la 2e minute. Face au gardien adverse à la 7e, il occulte Johan Vonlanthen pour tirer à côté. Soirée sans pour le renard des 16 mètres? Que nenni! Au bout d'une demi-heure, suite à une tête victorieuse sur un service de Marco Streller (24e) et à une reprise de volée sur un centre de Ludovic Magnin (31e), le livre d'or, à l'image de tous ses coéquipiers, lui tend déjà les bras. Ottmar Hitzfeld, futur sélectionneur en phase d'observation, applaudit. L'avant-centre de la Nati sera encore à l'origine de l'action qui, à la 68e minute, permettra à Johan Vonlanthen de sceller le score au terme d'un joli mouvement. Etonnant garçon, Alex Frei. Avec un gabarit (1m79) qui ne correspond pas aux standards du football moderne, une vitesse de pointe tout sauf décoiffante et des qualités techniques juste honorables, il fait pourtant partie des plus redoutables chasseurs de surface du continent. L'air de rien, mais avec une tête si dure qu'il finit par s'imposer partout où il va. Meilleur buteur du championnat de France avec 20 réalisations sous le maillot du Stade Rennais lors de la saison 2004/05, il est transféré pour 5 millions d'euros en juin 2006 à Dortmund. En Bundesliga, pour son premier exercice, il «plante» seize fois et est nommé meilleur joueur de l'année par les lecteurs de Bild, parution référentielle question ballon.

Partout où il traîne, Alexander Frei marque. Après avoir suivi des études de commerce, le voilà qui affole chiffres et gardiens. Seulement voilà, durant l'année écoulée, le corps a dit stop. Opéré de la hanche en mai 2007, puis du mollet en septembre, l'ancien joueur du Servette FC, avec qui il a remporté son unique trophée à ce jour (la Coupe de Suisse en 2001), n'a repris la compétition qu'au mois de janvier. Après une phase de réadaptation discrète, le voilà de retour aux affaires, comme le confirme le doublé de vendredi soir, une semaine après sa réussite - certes en position de hors-jeu - devant la Slovaquie.

Trente-cinq buts en 59 sélections, la statistique a quelque chose d'effrayant. A pas encore 29 ans - il les aura le 15 juillet -, le Bâlois aura encore bien des occasions d'«aggraver» son cas et de faire enfler un total débloqué le 28 mars 2001. Quatre jours après une première apparition en équipe nationale face à la Yougoslavie, le jeune Frei signe d'emblée un triplé contre le Luxembourg. Le voilà libre dans sa tête pour frapper à nouveau durant l'Euro. Et faire oublier l'édition 2004 au Portugal, où il s'était avant tout distingué par un crachat sur l'Anglais Steven Gerrard.