Dans une équipe de football, il y a les boute-en-train, les fortes têtes, mais aussi des joueurs plus discrets. Au Servette FC, si Léonard Thurre fait incontestablement partie de la première catégorie et Sébastien Fournier de la seconde, on peut mettre Alex Frei dans la troisième. Son jeune âge et la naturelle période d'adaptation après un changement expliquent cette attitude. L'ex-joueur de Lucerne n'a en effet que 21 ans et évolue parmi ses nouveaux coéquipiers depuis peu. «Cela fait trois semaines qu'il est avec nous, précise l'entraîneur Lucien Favre. Il prend ses marques. Il écoute.» Ce que confirme Michel Ritschard, préparateur physique de l'équipe genevoise: «Il a un bon état d'esprit, se fond dans le groupe à l'entraînement. Il est concentré et se donne de la peine. C'est un joueur avec beaucoup d'explosivité, de vivacité et une bonne mobilité de corps.»

Né à Bâle, Alex Frei commence à taper dans un ballon en junior F à Begnins. Alors qu'il avait deux ans, ses parents ont en effet emménagé à Coppet. Il débute même sa scolarité à Nyon, mais ne reste que quatre ans en Suisse romande avant de retourner à Bâle-Campagne. Jusqu'à 16 ans, il joue ensuite à Aesch avec un unique objectif: devenir footballeur professionnel. «Mon oncle, Martin Frei, a joué en Ligue nationale A à Grasshoppers, Saint-Gall et Wettingen. C'était quelqu'un de très proche, mon modèle, tandis que Marco Van Basten était mon idole: un joueur complet, avec un fort caractère. Une vraie star», explique Alex Frei dans un français teinté d'accent allemand. Il passe ensuite dans l'équipe espoirs du FC Bâle, joue quelques matchs avec la première équipe, mais ne s'impose pas dans l'élite.

Dur de quitter sa famille

C'est Andy Egli qui découvre réellement ce jeune talent et le transfère à Thoune. «J'avais 19 ans et je venais de terminer mon apprentissage d'employé de commerce. Quitter ma famille? C'était dur les premiers mois, mais je n'ai pas eu trop de problèmes car, à un moment dans la vie, il faut couper le cordon. Et puis, j'aime être seul et mon but était de devenir footballeur professionnel. J'ai trouvé qu'à mon âge, il était important que joue, même en LNB», dit-il avec conviction, et en explicitant ses propos par de petits gestes de ses mains. Ce que confirme Bernard Challandes, qui l'a sélectionné chez les moins de 18 ans: «Alex Frei adore jouer. Il a toujours envie de jouer, même après les entraînements. Il est davantage talentueux que besogneux. C'est un artiste, un créateur imprévisible, avec une très bonne technique et une qualité gestuelle devant les buts. Il est un des rares attaquants suisses à disposer d'autant de qualités.»

Pour continuer sa progression et atteindre le but qu'il s'est fixé, le jeune homme compte sur sa volonté. «Peu importe la manière utilisée pour parvenir à quelque chose. Ce qui compte, c'est de se fixer un objectif et d'avoir de la volonté pour l'atteindre. Je suis quelqu'un qui fait souvent plus que les autres. Je finis les entraînements parmi les derniers et je cherche constamment à m'améliorer.» Andy Egli quitte Thoune pour Lucerne. Six mois plus tard Alex Frei le rejoint. Leur relation est très forte. «Un peu celle d'un père avec son fils. Je pense qu'il avait un plan de carrière pour moi. Il ne voulait pas que je brûle les étapes dans mes relations avec les supporters ou les médias. Il ne voulait pas que j'aie trop de pression. Je crois qu'Andy a toujours pris des décisions pour me protéger.» Forcément des tensions existent. Car le jeune Frei ne manque pas de caractère et se fait remarquer pour son franc-parler. Dans un passé récent, il ne s'est pas interdit de critiquer Andy Egli. «Mes parents m'ont appris à être correct, à dire les choses. Avec Andy, je n'étais pas toujours d'accord et je le disais.»

Belle marge de progression

Au début de l'année, on parle de lui à Saint-Gall, mais le grand espoir du football suisse arrive finalement à Servette. «J'aurais dû être échangé avec Giorgio Contini, dit-il. Mais le Saint-Gallois a tenu des propos négatifs à l'égard de mon ancien club, qui n'a plus voulu de lui.» Idole des supporters lucernois, il devra prendre la place d'Alexandre Rey, parti à Lucerne, dans le cœur des Servettiens. «On ne doit pas dire que je dois le remplacer. Nous sommes différents dans notre façon de jouer», tient-il à préciser. Une tâche qu'il sait d'ores et déjà difficile, tant la concurrence en attaque est rude: Oruma, Petrov, Obradovic ou encore Thurre. «Je sais que tous sont forts et jeunes et je les respecte. Mais je suis venu à Servette (ndlr: son contrat porte jusqu'en juin 2004) car il n'y avait pas de concurrence à Lucerne. Je voulais me battre à l'entraînement, faire davantage pour m'imposer. Je sais qu'il faut penser à l'équipe, mais en dernier lieu à soi-même.»

A 21 ans, la marge de progression d'Alex Frei est encore grande, mais il peut nourrir de grands espoirs: très habile devant les buts (13 réussites la saison dernière en LNA) – «il sait jouer sur le côté et sa polyvalence est un atout», précise Lucien Favre –, doté d'une bonne technique, d'une grande vivacité, il sait faire la différence sur une seule action. International espoir à dix reprises (5 buts), il a même été convoqué lors du premier stage d'Enzo Trossero à la tête de l'équipe de Suisse (juillet 2000 à Yverdon). Alex Frei lorgne d'ailleurs également sur le maillot rouge à croix blanche: «Je suis également venu à Servette pour cela. Je pourrai mieux me mettre en évidence qu'à Lucerne.» Alors, Alex Frei, ambition et volonté au service du talent. Ou le contraire?