Tennis

Alex De Minaur, bientôt Majeur

Le jeune prodige australien a dû aller au bout des cinq sets pour éliminer un épatant Henri Laaksonen (6-4 6-2 6-7 4-6 6-3). Le rêve du Suisse est passé, celui de tout un pays se prolongera au troisième tour face à Rafael Nadal

Quelle est la différence entre un grand match et un grand exploit? Le score. Entre une immense joie et une profonde déception, le destin a tranché et sa décision fut cruelle, alors que la nuit était encore douce, pour Henri Laaksonen, magnifique de talent et de résilience mais finalement battu par Alex De Minaur en cinq sets (6-4 6-2 6-7 4-6 6-3) et 3h52 de jeu.

Le Schaffhousois a perdu parce qu’il a peut-être trop voulu gagner, concédant 88 fautes directes pour placer 65 coups gagnants. L’Australien a sans doute gagné parce que, de son propre aveu, «[il] ne voulait pas perdre»: 70% des balles de break jouées lui furent favorables.

Droopy contre le Diable de Tasmanie

Ce match du deuxième tour programmé en night session a opposé deux styles autant que deux trajectoires. Dans son jeu comme dans sa carrière, Henri Laaksonen, bientôt 27 ans et une 93e place mondiale en 2017 comme référence, a tendance à rester en fond de court. Alex De Minaur, 19 ans et déjà 29e mondial, n’attend pas. Il provoque sa chance et va de l’avant. Dans la confrontation des personnalités, le public de la Margaret Court Arena voyait face à face un Laaksonen imperméable aux émotions et un De Minaur très démonstratif et d’une activité impressionnante. C’était Droopy contre le Diable de Tasmanie.

Doté d’un physique banal (1,80 m, 69 kilos), De Minaur compense son manque de puissance par une activité phénoménale, un revers frappé souvent en sautant, une vélocité très au-dessus de la moyenne et un engagement dont la jauge minimale a été fixée une fois pour toutes à 100%. Pour sa première sélection en Coupe Davis, son implication comme sparring-partner fut telle que l’équipe de tennis d’Australie le surnomma «The Demon». «Je suis toujours à fond et je voudrais être reconnu pour cela», répète-t-il.

Le pot de terre contre le pot de colle

Henri Laaksonen s’en rendit compte d’entrée. Il perdit assez logiquement les deux premières manches, mais commença à mieux jouer dans la troisième. «Il était incroyable. Parfois, il n’y avait rien à faire sauf attendre», souligna son adversaire en conférence de presse. Attendre que le Suisse fasse lui-même l’erreur, comme ces trois fautes directes de suite à 6-4 dans le tie-break du troisième set. De deux balles de set en sa faveur, il se retrouva à devoir sauver une balle de match, ce qu’il fit avec un cran remarquable, concluant finalement à 9-7.

Laaksonen alterna encore le sublime et l’approximatif dans la quatrième manche, ratant l’occasion de breaker à 3-3 0-40, y parvenant deux jeux plus loin. Dans la dernière manche, les deux joueurs accentuèrent encore davantage leurs contrastes. Le score fit l’élastique: 2-0 pour De Minaur, 2-2 après que l’Australien eut manqué une volée de 3-0. Aux changements de côté, utilisant des techniques de respiration apprises à l’adolescence, «The Demon» parvenait à rester calme. Et comme il n’avait rien perdu de ses jambes…

Dans ce combat du pot de terre contre le pot de colle, le pot de terre craquela à 4-3 et, 108 minutes après, De Minaur se procura une seconde balle de match. Vainqueur, il libéra alors ce qu’il lui restait d’énergie dans un orage de fist pump.

Le non-match Finlande-Espagne

Ce match Suisse-Australie aurait pu intéresser la Finlande et l’Espagne. Jusqu’en 2011, Henri Laaksonen a pris la nationalité sportive finlandaise, le pays de sa mère, celui où il a passé son enfance. Son père est l’ancien joueur tessinois Sandro Della Piana. Alex De Minaur, lui, est né en 1999 d’une mère, Esther, espagnole, et d’un père, Anibal, uruguayen. La presse uruguayenne écrit d’ailleurs son nom De Miñaur (à prononcer comme «m’ignore»). A 5 ans, il quitte Sydney pour aller vivre avec sa famille à Alicante. A 10 ans, il est le numéro un espagnol de sa catégorie. «Il est trop bon pour moi», avoue son coach à ses parents.

Son père dirige une station de lavage auto. Pas assez pour financer une carrière naissante dans le tennis. La fédération espagnole rechigne pourtant à lui apporter une aide financière. En 2012 (il a 13 ans), toute la famille repart en Australie où la fédération, assise sur la mine d’or de l’Open d’Australie, a plus de peine à trouver des bons jeunes que de l’argent.

L’histoire a l’air du conte de fées avec le recul mais il faut imaginer ce que peut représenter pour un gamin de 13 ans le fait que toute sa famille déménage d’Espagne en Australie pour lui permettre d’accomplir son projet professionnel! Il n’est pas si étonnant aujourd’hui que, à 19 ans, Alex De Minaur tranche avec les joueurs de son âge (et notamment la génération australienne des Kyrgios, Tomic, Kokkinakis) par sa maturité. «J’aimerais être aussi mature que lui sur le court. J’adore le regarder jouer», avait même tweeté Andy Murray l’an dernier.

Plus «Come on» que «Vamos»

C’était en janvier 2018, au moment où De Minaur émergeait sur la scène de l’ATP. Classé 208e mondial au 1er janvier, il était 127e quinze jours et deux «perfs» plus tard (demi-finale à Brisbane, finale à Sydney). Il est retourné à Sydney cette année pour remporter contre Andreas Seppi son premier titre ATP. En 2018, il fut également finaliste du tournoi de Washington, finaliste du Masters Next Gen (M21 ans) à Milan et numéro un australien en octobre. De nombreux sponsors, comme TAG Heuer, qui s’affiche sur sa manche, le considèrent comme l’avenir du tennis.

Aujourd’hui, Alex De Minaur est plus «Come on» que «Vamos». On retrouve d’ailleurs dans son box Mister «Come on», Lleyton Hewitt. «J’ai un coach à l’année [Adolfo Gutierrez], mais Lleyton m’aide beaucoup à gérer la pression, les attentes.» Elles seront fortes vendredi au troisième tour face à Monsieur «Vamos», Rafael Nadal.


Federer et Bencic passent

Roger Federer a dû s’appliquer pour éliminer le Britannique Daniel Evans (7-7 7-6 6-3), un joueur atypique issu des qualifications, qui lui posa quelques problèmes. Mais Federer adore résoudre les problèmes du tennis. Au troisième tour, il retrouvera sans crainte excessive le style plus classique du gros serveur américain Taylor Fritz.

Dans le tableau féminin, Belinda Bencic s’est elle aussi qualifiée dans un match plus rocambolesque face à la Kazakhe Yulia Putintseva (7-5 4-6 6-2). Sa très bonne forme physique lui sera utile face à la Tchèque Petra Kvitova (tête de série N° 7).

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