Le Temps: C’est la première fois que vous vous exprimez après l’annonce de votre retrait de l’équipe nationale en juin prochain. Comment avez-vous vécu tout ça? Alexander Frei: Bon, j’ai d’abord dû réfléchir un peu après le match contre le pays de Galles [le 12 octobre à Bâle, où il fut hué par le public]. J’ai reçu tellement de soutien de la part des supporters et de mes coéquipiers… J’ai analysé les choses avec mes proches, ma famille. Au début, je voulais arrêter tout de suite. Mais ces discussions m’ont conduit à continuer un peu, je crois que je peux encore aider l’équipe, que je peux contribuer à remettre la Suisse sur le bon chemin. En juin, je partirai après dix ans, avec des hauts et des bas. Mais je garderai surtout le positif. – Vous ne reviendrez donc pas sur votre choix, même si vous marquez deux buts à la Bulgarie en mars à Sofia et deux autres à l’Angleterre en juin à Wembley? – Non, j’ai pris ma décision. Il faut savoir se regarder dans le miroir. J’ai dit à Monsieur Hitzfeld que si, comme aujourd’hui, il y avait trois ou quatre blessés, je viendrais toujours aider. Sinon, je laisserai la place. Après l’Ukraine, il me restera trois matches pour aider l’équipe de Suisse. C’est le choix d’un athlète, qu’il faut respecter. Je pense que c’est bientôt le moment de dépasser ça, il y a d’autres thèmes plus intéressants que moi. – Comprenez-vous la rogne du public à votre égard? – Je ne peux pas dire que je comprends pourquoi les gens me sifflent. Mais je suis le premier à ne pas dormir après les matches. Ne vous inquiétez pas, moi aussi je me fais du souci pour moi, et je sais que je n’ai plus marqué depuis plus d’un an avec la Suisse. Je sais que mes prestations n’ont pas toujours répondu à mes attentes ou à celles de l’entraîneur. Bien sûr que je me pose des questions. Pourquoi ça ne rentre pas, comme au Monténégro? Mais plus tu te poses des questions, moins ça rentre. – Du coup, ce Suisse-Ukraine à Genève sera peut-être votre dernier match en équipe nationale sur sol helvétique. Craignez-vous d’être sifflé à nouveau? – Non, le public viendra au stade pour encourager l’équipe et la voir gagner contre l’Ukraine. Quant au fait que ce soit mon dernier match en Suisse, je ne pense pas à ça. – Comprenez-vous que votre choix d’arrêter sans vraiment arrêter ait pu susciter l’incompréhension? – Il faut respecter ça. De toute façon, je ne pouvais pas prendre une décision qui puisse plaire à tout le monde. – Vous avez dit un jour que vous aimeriez continuer à être au service de l’équipe de Suisse… – Ah, bon, j’ai dit ça? Comme quoi, attaché de presse? – Ou entraîneur… – Il se trouve que j’entraîne une fois par semaine les M16 du FC Bâle, mais c’est tout. Ça me permet de connaître les bases du métier, de voir si c’est vraiment quelque chose qui me plaît. Ça m’apporte énormément de plaisir, et aux jeunes aussi je crois, mais je ne sais pas si je vais suivre cette direction. De toute façon, j’aimerais encore jouer un peu au football.