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Alexy Bosetti, l’ultra niçois qui a le droit d’être sur le terrain

C’est sans doute un cas unique en Europe: le footballeur de l’OGC Nice vit sa double vie de joueur pro et de supporter ultra. Champion du monde M20 avec la France et Paul Pogba en 2013, il n’exclut toutefois pas de quitter un jour le club de son cœur

Alexy Bosetti, «ultra» moderne solitude

Football L’attaquant niçois est à la fois supporter ultra et joueur professionnel. Un cas unique

Il n’exclut cependant pas de quitter l’OGC Nice à l’intersaison

Alexy Bosetti est l’un des bons jeunes joueurs du Championnat de France de football. Cette saison, il a participé à 27 matches (13 comme titulaire) et inscrit 5 buts. A 22 ans, c’est bien mais pas extraordinaire. Cet attaquant de l’OGC Nice est pourtant une figure de la Ligue 1 et son numéro 23 l’un des plus scrutés des virages (les places derrière les buts où se massent généralement les supporters les plus fervents). Alexy Bosetti est un cas à part: il est un «footballeur ultra», c’est-à-dire à la fois joueur professionnel et supporter fanatique.

«A ma connaissance, je suis le seul, nous confirme-t-il par téléphone. Je sais que Marco Verratti était un ultra de Pescara mais il a quitté le club pour signer au PSG.» Comment expliquer cette rareté? Après tout, les supporters ont bien dû tous rêver d’être sur le terrain? «Déjà, peu de joueurs évoluent dans le club de leur ville d’origine, cela réduit considérablement les possibilités. Ensuite, aimer le foot et bien jouer, ce sont deux choses totalement différentes. J’ai des copains qui sont dingues de foot, je peux vous assurer qu’ils ne jouent pas très bien», dit-il en riant.

«En fait, explique-t-il, la passion du foot et la culture ultra, ce sont deux choses différentes. L’ultra, ce qu’il aime, c’est presque plus l’ambiance dans le stade, les déplacements en car avec les potes, dans les stades adverses, que ce qui se passe sur le terrain. Quand vous vous faites un Sochaux-Nice en car le week-end, ce n’est pas forcément pour la beauté du jeu… On n’est pas le Barça, mais on est fier de défendre notre club et de montrer les couleurs.»

Les siennes sont le rouge et le noir. «Mon père m’a transmis le virus très jeune, je devais avoir 4 ou 5 ans la première fois que je suis allé au stade du Ray. Mon premier souvenir marquant, c’est le match de 2002 contre Istres qui nous ramène en Ligue 1. J’avais 9 ans.» Depuis, l’OGC Nice n’est plus redescendu. Alexy Bosetti, lui, a gravi lentement les échelons vers le professionnalisme.

Il signe sa première licence à l’OGC Nice, puis joue pour Villefranche-sur-Mer et le Cavigal, un club de quartier réputé pour avoir formé de nombreux professionnels. «En 2009, je jouais en 16 ans nationaux et plusieurs clubs pros m’ont fait des propositions. Il y avait Lens, Ajaccio et même Paris, mais quand Nice s’est manifesté, je n’ai pas hésité: c’était tout réfléchi. Jouer pour Nice, c’était un rêve, bien sûr, mais devenir pro c’est difficile. Il faut de la chance, ne pas se blesser, arriver au bon moment.»

Lui qui se décrit comme «pas très grand, pas très costaud, pas très rapide» parvient tout de même, en 2012, à réaliser son rêve: passer de l’autre côté du grillage, sur le terrain. «J’ai vécu la dernière saison du club dans l’ancien stade du Ray. Je l’aimais bien ce stade, j’y avais des souvenirs, le public était proche. Parfois, j’ai pu déjouer parce que je voulais absolument marquer un but en pro au stade du Ray. Ne pas y être parvenu est un gros regret. Enfin si, j’ai marqué une fois, mais c’était en coupe contre Nancy, il n’y avait pas beaucoup d’ambiance.»

Depuis, il appartient au groupe professionnel. Et reste proche de ses amis ultras. Une situation parfois difficile quand les supporters s’en prennent à l’équipe ou à certains de ses coéquipiers, comme Grégoire Puel, le fils de l’entraîneur. «Je n’essaie pas de jouer les intermédiaires; au contraire j’évite de m’en mêler.» En avril dernier, au lendemain d’une défaite à domicile le samedi contre le PSG, il prit le car avec ses potes pour assister au derby milanais. En bon ultra, il possède un second club de cœur. Le sien est l’Inter de Milan, avec lequel les ultras niçois ont des accointances.

Elevé dans le quartier du Vieux-Nice, il est le petit-neveu du compositeur niçois Henri Betti, l’auteur de «C’est si bon». Comme tout bon «Nissard», il possède des lointaines origines italiennes, préfère la pissaladière à la pizza et revendique un esprit «sudiste» affirmé. Le maire, Christian Estrosi, est devenu «un ami, à force de le voir». Il parraine des tournois de jeunes, soutient la famille du pilote (niçois) de Formule 1 Jules Bianchi, dans le coma depuis un accident au Grand Prix du Japon en novembre 2014. Le 25 mai, il a défendu les couleurs (bleu et noir) de la «seleccioun», l’équipe nationale non officielle de l’ancien comté de Nice.

Ce qui impressionne beaucoup, ce sont ses tatouages (il en dénombre une vingtaine), et notamment les portraits de Jacques Médecin et d’Albert Spaggiari. L’ancien maire de Nice (de 1965 à 1990), sorte de Sepp Blatter local qui a fini sa vie en exil à Punta del Este en Uruguay, et l’auteur du «casse du siècle» de la Société générale de Nice, «ni arme, ni violence et sans haine», en 1976. La Ligue tousse mais il assume. «Monsieur Médecin est l’un des meilleurs maires que l’on ait eus, les Niçois vous le diront. D’ailleurs, beaucoup de gens m’arrêtent pour que je leur montre les tatouages.»

Champion du monde M20 avec l’équipe de France en 2013 («J’ai eu la chance de tomber avec une génération exceptionnelle, emmenée par Paul Pogba, un joueur hors norme», explique-t-il), il monte sur le podium avec, noué autour de la taille, le drapeau à tête de mort de la BSN, la Brigade Sud Nice, un groupe de supporters dissout par la justice. L’affaire fait quelques remous.

Lors des derbies contre Marseille ou Bastia, il est particulièrement visé par les chants des ultras adverses. Entre eux, des codes et des références peu compréhensibles pour le grand public. En août 2014 à Bordeaux, il marque et mime un lapin (ou plus exactement Chantal Goya mimant un lapin). Les ultras bordelais s’étranglent de rage: «les lapins» est le surnom que les Niçois donnent à ceux de Bordeaux, rapport à une bagarre où ils auraient détalé…

Buteur au Vélodrome en janvier 2014, il chambre les fans marseillais en désignant son tatouage de la BSN, ce qui lui vaudra un match de suspension. Parfois, cela se passe bien. Un mois plus tard, lorsque Lille se rend à Nice, c’est aux ultras lillois qu’il offre son maillot à la fin du match. Comme eux, il a souvent traversé la France en car pour supporter son équipe. «En 20 déplacements, je n’ai assisté qu’à une seule victoire: 1-0 au Mans, but de Loïc Rémy», se souvient-il avec humour. Lorsqu’il ne joue pas, blessé ou suspendu, il préfère aller suivre le match avec ses potes plutôt que depuis la tribune d’honneur.

Ce printemps, il a moins joué. Dans L’Equipe, son père et son agent ont laissé entendre qu’Alexy pourrait tout à fait quitter Nice. Sur la photo, il porte d’ailleurs un superbe maillot… de l’équipe d’Argentine. «Ce que je veux, c’est jouer. Si c’est à Nice, c’est parfait.» Quitter le club de son cœur, est-ce vraiment possible? «Oui, bien sûr, enfin peut-être pas en France; ça, ça me paraît difficile.» Et ses potes de la BSN, qu’en diraient-ils? «Je pense honnêtement que beaucoup comprendraient. Ils savent que quoi qu’il arrive, je resterai un Niçois et que c’est ici que je reviendrai vivre.»

Mais l’OGC Nice semble tenir à son jeune attaquant, le remplaçant le plus utilisé de l’effectif. Une sorte de douzième homme, sur le terrain comme dans les tribunes.

«Quand vous vous faites un Sochaux-Nice en car un week-end, ce n’est pas forcément pour voir du beau jeu»

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