Football

Algérie-Sénégal, et l’ombre de la France

La finale de la Coupe d’Afrique des nations mettra aux prises deux formations comptant beaucoup de binationaux, au bout d’un tournoi marqué à bien des niveaux par l’influence de l’Hexagone

Voilà une année que la finale de la Coupe du monde de football était remportée, à Moscou, par la France. Ou la «sixième équipe d’Afrique», ainsi qu’elle avait été surnommée tant par les milieux anti-immigration que par des commentateurs du continent en question, parce que 15 des 23 Bleus y avaient des racines.

Vendredi soir (21 heures) au Caire, la finale de la Coupe d’Afrique des nations offrira un nouveau regard sur la relation qui continue de lier l’Hexagone au football africain. Elle mettra aux prises l’Algérie, qui dispose de 14 binationaux nés en France, et le Sénégal, qui en compte 9. Dans le contingent de chacune des deux équipes figurent même 7 joueurs qui ont porté le maillot des Bleus en espoirs avant de faire le choix de représenter leur pays d’origine à l’âge adulte. Les deux sélectionneurs, Djamel Belmadi et Aliou Cissé, sont eux aussi détenteurs du passeport tricolore.

Les deux pays partagent une histoire longue et chargée avec la France. Mais l’ombre du pays champion du monde a plané de manière plus générale sur le tournoi. Sans tenir compte des binationaux, il lui a fourni 7 de ses 24 sélectionneurs: Nicolas Dupuis (Madagascar), Corentin Martins (Mauritanie), Alain Giresse (Tunisie), Michel Dussuyer (Bénin), Hervé Renard (Maroc), Sébastien Migné (Kenya) et Sébastien Desabre (Ouganda). Les clubs français emploient par ailleurs 89 des 552 joueurs engagés à la CAN, soit le double par rapport au deuxième championnat le plus représenté (celui d’Afrique du Sud, 44 éléments).

Implications contrastées

Cela faisait écrire il y a quelques jours à Anassa Maiga, blogueur malien relayé par Courrier international, que le tournoi «permet à la France de faire fructifier son business dans plusieurs domaines». Il fait par ailleurs remarquer que la compagnie pétrolière Total est le sponsor titre de l’événement, et que «pour bien suivre la compétition, être dans les coulisses et avoir les dernières actualités commentées par les meilleurs spécialistes du football africain, il faut des médias français comme Canal + et Radio France internationale».

Cet enchevêtrement de liens a de multiples implications contrastées. En France, où la communauté algérienne est souvent estimée à quelque 2,5 millions de personnes, chaque victoire des «Fennecs» déclenche des scènes de liesse dans les villes, mais la fête s’accompagne aussi régulièrement de violences. En Algérie, la population entretient une relation tout aussi ambiguë avec son équipe. «Lors de l’élimination des Verts au premier tour de la CAN en 2017, l’équipe nationale algérienne fut la cible d’attaques xénophobes pourfendant les joueurs binationaux, qualifiés de traîtres ou de «Français», rappelle l’écrivain Karim Amellal dans une tribune publiée par Le Monde.

Il en va autrement aujourd’hui, d’abord parce que les Verts gagnent. S’ils avaient été éliminés au premier tour, il y a fort à parier que l’équipe aurait été largement conspuée, sur le même mode qu’en 2017.»

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Que ce soit l’Algérie (dont l’unique sacre remonte à 1990) ou le Sénégal (qui ne s’est jamais imposé) qui remporte le tournoi ce vendredi, la France n’y sera de toute façon pas complètement étrangère. C’est peut-être ce qui a incité le groupe TF1 à acheter les droits pour diffuser la finale en clair (sur TMC), alors que toute la compétition avait été retransmise en exclusivité par la chaîne payante BeIN Sports jusque-là.

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