«Ils voulaient février, ce sera février. Ils voulaient Valence, ce sera Valence. Maintenant, on espère qu’on va enfin pouvoir aller sur l’eau»: Paco Latorre, directeur de la communication d’Alinghi, commente ainsi la décision, prise mardi par le Defender, de se plier aux exigences d’Oracle et d’aller régater dans les eaux espagnoles.

Dans une lettre adressée au Golden Gate Yacht Club (GGYC) – que représente Oracle – et à la juge Kornreich de la Cour suprême de New York, la Société nautique de Genève (SNG) – que représente Alinghi – confirme qu’elle organisera un «Deed of gift match» en février 2010 à Valence. Extrait du courrier envoyé à la magistrate: «En publiant l’avis de course pour des épreuves à Valence, la SNG se conforme: a) à l’ordonnance de la Cour exigeant que les deux parties s’affrontent en février 2010 et autorisant Valence comme site possible pour la 33e Coupe de l’America; et b) à l’instruction de Votre Honneur précisant que la SNG organise la course…»

Parallèlement, la SNG a publié l’avis de course de cette compétition au meilleur des trois manches qui aura lieu les 8, 10 et 12 février prochain, ainsi qu’un document de 29 pages qui précise les règles du match. Sachant que, selon le «Deed of gift», c’est bel et bien le Defender qui établit ces règles. «Oracle souhaitait participer à l’élaboration de l’avis de course, mais sur ce point-là, nous ne céderons pas», précise Paco Latorre. La SNG précise notamment que les régates ne pourront pas se dérouler au-delà de 15 nœuds de vent et d’un mètre de vagues.

Ce sont les discussions infructueuses de samedi dernier avec les Américains et la perspective de voir le conflit juridique s’enliser davantage qui a poussé l’équipe d’Ernesto Bertarelli à céder aux desiderata des troupes de Larry Ellison et Russell Coutts. A la suite du rejet de Ras al-Khaimah par la Cour suprême de New York, Alinghi, après avoir quand même fait appel contre cette décision, avait proposé la côte est australienne (Proserpine/Aerlie Beach et Townsville). Ceci afin de répondre aux exigences du fameux «Deed of gift», document fondateur de la Coupe de l’America qui stipule qu’entre novembre et mai, le match doit avoir lieu dans l’hémisphère Sud. Mais, visiblement, l’Australie n’a pas eu grâce aux yeux des Américains. La réunion de samedi dernier, énième tentative d’accord à l’amiable, a échoué. «Les discussions ont été cordiales, mais infructueuses», a précisé Oracle dans un communiqué. «Nous y sommes allés de bonne foi, prêts à faire des concessions pour que la Coupe se dispute enfin sur l’eau en février dans un duel entre deux multicoques ultramodernes, raconte Brad But­terworth, le skipper d’Alinghi, présent à la réunion de New York. Malheureusement, Oracle a une fois de plus adopté une attitude de prise de pouvoir. Cette fois, leur priorité est de retarder la course car ils ne sont pas prêts. A l’origine, ils ont tout fait pour que l’épreuve ait lieu en février parce que cela les avantageait. Maintenant, ils doivent assumer leur choix.»

Mardi, Oracle n’a pas tardé à réagir à cette nouvelle proposition d’Alinghi de régater en Espagne. «Nous sommes très contents que la SNG et Alinghi soient d’accord avec nous et admettent enfin que Valence en février est l’endroit approprié pour organiser la 33e Coupe de l’America. Nous présumons donc que la SNG va maintenant retirer son recours auprès la Cour d’appel contre la décision jugeant Ras al-Khaimah non conforme», écrit Tom Ehman, porte-parole d’Oracle, dans un communiqué.

Or, et c’est là que le bât blesse encore, Alinghi maintient son recours. «Pour l’instant», précise l’attachée de presse du Defender. «Valence est notre choix par défaut, mais nous continuons de penser que Ral al-Khaimah est plus adapté à une régate en février au niveau des conditions météo.» Est-ce un choix uniquement tactique pour parer aux éventuels ergotages à venir de la part d’Oracle sur d’autres points possibles d’achoppement, notamment les règles de course? A en croire leur ras-le-bol des tribunaux, on ose l’espérer.

«Oracle souhaitait participer à l’élaboration de la course, mais nous ne céderons pas»

«Ils ont tout fait

pour que l’épreuve

ait lieu en février. Maintenant, ils doivent assumer leur choix»