Les premières régates des quarts de finale de la Coupe Louis Vuitton ont été intenses. Des duels au couteau. Pénalités, changement de leadership, contact entre les bateaux. Tous les ingrédients d'une belle bataille. Le match entre Alinghi et Prada fut particulièrement spectaculaire. Si le voilier suisse, mené par le Néo-zélandais Russell Coutts, a pris d'emblée les commandes de la course, il était toutefois talonné par le Luna Rossa de Francesco de Angelis. Dix secondes seulement séparaient les deux voiliers à la première bouée. Puis, les Italiens ont attaqué. Au portant (par vent arrière), le bateau qui suit, s'il est suffisamment proche, a l'avantage de pouvoir prendre le vent de son adversaire et revenir sur lui. Dans leur élan, les Italiens ont commis une erreur de jugement, si bien que l'étrave de Luna Rossa est venue toucher la jupe arrière de SUI 64. Pénalité contre Prada Challenge!

Les Italiens devaient donc effectuer une rotation de 270° avant la ligne d'arrivée. A moins de parvenir à pousser les Suisses à la faute car, si les deux équipes écopent d'une pénalité, elles s'annulent. Très agressif, l'équipage de Francesco de Angelis s'y est employé. L'écart entre les deux bateaux est resté infime lors du passage des deux bouées suivantes. A tel point que les Transalpins sont même parvenus à prendre l'avantage lors du deuxième bord de portant et à virer en tête à la quatrième marque avec treize secondes d'avance. Mais les Suisses les ont passés à nouveau lors du dernier bord de près (vent de face) et se sont accrochés à leur position de leader. L'écart à l'arrivée allait être infime, mais les Italiens ont commis une erreur en effectuant leur rotation de pénalité juste avant de couper la ligne. Ils ont raté leur affalage de spi et la voile est tombée à l'eau. Résultat: victoire d'une minute et dix-huit secondes pour le voilier suisse.

Pour Alinghi, ce succès est précieux dans ce quart de finale au meilleur des sept matches, qui s'annonce difficile. «Le premier point est psychologiquement important», reconnaît l'Italien Francesco Rappetti, membre de l'équipage suisse. Mais, malgré la victoire, les Helvètes estiment n'avoir pas bien navigué. «Nous avons commis quelques erreurs au niveau des manœuvres, avoue le Zurichois Enrico de Maria. Heureusement, Prada en a commis plus que nous. C'est un soulagement.»

Sur le plan de la vitesse des bateaux, Alinghi semble avoir un léger avantage au près (vent de face). «Au portant (vent arrière), en revanche, nous nous tenons de près», observe encore Enrico de Maria. Le défi suisse ne cachait pas, avant le début du duel, son souhait d'en finir au plus vite afin d'être directement qualifié pour les demi-finales. «Mais nous devrons, et nous pouvons naviguer mieux que cela», insiste Francesco Rappetti. Chez Prada, c'est la satisfaction, après un début de compétition difficile, de constater une progression qui permet de rivaliser avec le défi suisse. «Nous avons été agressifs, mais nous sommes obligés de l'être», souligne Francesco de Angelis.