«Nous menons deux à zéro. Si nous remportons la troisième régate, – ce que j'espère –, nous devrions rester en tête jusqu'au bout. Même si cela devait se terminer par un 5 à 4.» Comme le souligne le jeune Zurichois Enrico de Maria, wincheur à bord de SUI 64, la deuxième victoire, dans la nuit de dimanche à lundi heure suisse, face à Oracle BMW Racing a permis de renforcer la confiance de l'équipage d'Alinghi.

Et même si l'écart de 40 secondes est moins important que celui de la veille (1 minute et 24 secondes), Russell Coutts et ses hommes ont dominé la régate du début à la fin. Une fois de plus, le voilier suisse a prouvé être légèrement plus rapide au près (vent de face) que le voilier de San Francisco. Ce qui permet à Alinghi de virer la première marque en tête. Après, pour passer Coutts et sa dream team, il faut se lever de bon de matin! Prada en avait fait la cruelle expérience lors des quarts de finale.

Même avec un petit plus en vitesse au portant (vent arrière), les Californiens n'y parviennent pas. D'autant moins, lorsque, comme à la fin du premier bord de portant lundi, ils ratent leur affalage de spi. Résultat: la voile est passée devant l'étrave du bateau et le tangon (pièce amovible reliée au mât et soutenant le spi) s'est cassé en deux.

«Cette mésaventure nous a coûté entre 15 et 20 secondes et ensuite, nous n'avons plus pu les rattraper, constate le Néo-Zélandais Ian Burns, navigateur à bord d'USA 76. Qui sait ce qui se serait passé si nous n'avions pas eu cet incident?»

Probablement pas grand-chose. Car même si l'écart n'était que de 19 secondes à la deuxième bouée, les Suisses auraient sûrement de toute façon creusé l'écart au deuxième bord de portant. A l'exception d'une petite erreur en fin de parcours, l'équipage d'Alinghi n'a commis aucune faute. «Mon père, qui a regardé les deux premiers matches de cette finale à la télévision, m'a envoyé un mail pour me dire à quel point il était impressionné de nous voir si bien manœuvrer et par les performances du bateau», raconte Enrico de Maria, qui reçoit de nombreux messages de soutien de Suisse.

Pour sa première participation à cette prestigieuse compétition, ce jeune ingénieur, – qui a fait ses premières armes notamment en Star (série olympique) et qui occupe le poste de wincheur à bord de SUI 64 –, fait fort. Le voilà menant 2 à 0 en finale de la Coupe Louis-Vuitton. Son camarade de jeu, le Français Christian Karcher, a disputé plusieurs éditions avec des Défis tricolores avant de vivre cette expérience. «C'est sûr que c'est un sentiment fabuleux, avoue le Zurichois. J'ai beaucoup de plaisir et j'essaie de donner le meilleur de moi-même.»

Il tente pourtant d'oublier la taille de l'enjeu afin d'éviter de se mettre trop de pression. «Je sais que c'est la finale de la Coupe Louis-Vuitton et qu'il s'agit de gagner cinq matches si l'on ne veut pas rentrer à la maison, poursuit Enrico de Maria. Cette fois, il n'y a pas de double chance. C'est certain que cela ajoute un peu de pression, mais j'essaie pourtant d'éviter d'y penser en appréhendant la régate comme un match interne d'entraînement.» Une méthode promue par Russell Coutts et Jochen Schümann, qui s'efforcent de transmettre leur sérénité de grands champions dans les moments cruciaux. C'est ce qui fait leur force de meneurs d'hommes. «Si je me mets trop dans la tête que je ne dois absolument pas commettre d'erreur, c'est le meilleur moyen d'en faire», insiste encore le wincheur alémanique.

Il n'en vit pas moins de fortes émotions. Sa timidité l'empêche d'en parler concrètement, mais cela se lit sur son visage. Et si la boule à l'estomac ne s'est pas fait ressentir au moment de quitter le ponton avant la première régate de cette finale, l'excitation était au rendez-vous. «C'était dimanche, il faisait beau, il y avait beaucoup de monde et cela faisait vraiment plaisir de voir tous ces gens nous saluer et nous encourager!»

Même s'il avoue avoir confiance en les qualités de l'équipage et les performances du bateau, Enrico de Maria sait pertinemment que lui et son équipe ne sont pas à l'abri d'une contre-performance. Surtout dans des conditions aussi variables que celles rencontrées dimanche et lundi. Suite du programme dans la nuit de mardi à mercredi puisqu'aucune manche n'est prévue mardi.