Football

En Allemagne, le Bayern traverse une tempête estivale

Préparation ratée, mercato contesté, star frustrée, entraîneur sous pression: le quintuple champion d’Allemagne a vécu des vacances agitées. Ce qui ne l’empêche pas d’être à nouveau le grand favori de la Bundesliga

Le Bayern Munich reçoit le Bayer Leverkusen ce vendredi en ouverture de la cinquante-cinquième saison de Bundesliga. Pour le quintuple champion d’Allemagne en titre, c’est autant le début d’un nouveau championnat que la fin d’un été de galère, entre turbulences internes et doutes sportifs.

La victoire en Supercoupe, aux tirs au but face au Borussia Dortmund, restera comme la seule note positive d’une avant-saison ratée. Six matches de préparation, cinq défaites, avec notamment deux prestations cataclysmiques lors de l’Audi-Cup que le Bayern a organisée dans son antre de l’Allianz-Arena (0-3 contre Liverpool et 0-2 face à Naples), saluées de copieux sifflets du public. Les supporters ne cachent pas leur inquiétude. Et les résultats sportifs sont loin d’être la seule raison de s’en faire…

Tout au long de l’été, la grande star de l’effectif, le Polonais Robert Lewandowski, a ainsi fait la chronique de son spleen sur Twitter, s’offusquant que ses coéquipiers ne l’aient pas suffisamment aidé dans sa quête du titre de meilleur buteur en fin de saison passée, et faisant des allusions à un avenir ailleurs qu’en Bavière. Nul doute que son futur pourrait s’inscrire en Espagne ou en Angleterre dans un an. Pour apaiser le malaise, ses patrons ont décidé de ne pas recruter de deuxième attaquant afin de ne pas lui faire de l’ombre. C’est le seul poste qui n’apparaisse pas doublé au sein du contingent.

Ancelotti joue gros

Le capitaine du navire bavarois n’est pas plus serein au sortir de la tempête estivale. Une année après son arrivée dans le sud de l’Allemagne, l’entraîneur Carlo Ancelotti est en mauvaise posture. La saison dernière s’est achevée sur un titre de champion, mais les éliminations en quarts de finale de la Ligue des champions (face au Real), puis en demi-finale de la Coupe d’Allemagne (contre Dortmund) ont laissé un goût amer, notamment sur le palais des deux patrons, Uli Hoeness et Karl-Heinz Rummenigge.

Ce dernier a insisté pour imposer au coach un nouvel adjoint, chargé de faire le lien entre le staff technique et la section dirigeante. En choisissant Willy Sagnol qui a joué huit ans et demi au Bayern avant d’enchaîner quelques expériences comme entraîneur (équipe de France espoirs, Girondins Bordeaux), les patrons bavarois ont clairement voulu mettre la pression sur Ancelotti. L’Italien aura à ses côtés un ancien chouchou de l’Olympiastadion.

Il est d’autant plus attendu au tournant qu’il a poussé ses patrons à tenter un pari en obtenant le prêt de James Rodriguez, qui ne jouait aucun rôle dans les plans de Zinedine Zidane au Real Madrid. Objectif: pallier le départ de Douglas Costa à la Juventus et rendre sa formation encore plus imprévisible. Mais le Colombien pourra-t-il s’imposer à Munich? Ancelotti joue gros sur ce coup-là. Ça commence mal, puisque l’ancien Monégasque s’est blessé à la cuisse et manquera les premières semaines de compétition.

Le record Tolisso

Sur les bords de l’Isar, le mercato estival a été particulièrement agité. Les fins de carrière du capitaine Philipp Lahm et de Xabi Alonso, prévues de longue date, devront notamment être compensées par l’arrivée des internationaux allemands d’Hoffenheim Sebastian Rudy et Niklas Süle. Le Bayern Munich a aussi fait de Corentin Tolisso le joueur le plus cher de l’histoire de la Bundesliga en le débauchant à Lyon pour 41,5 millions d’euros, hors bonus.

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Mais c’est surtout pour engager un nouveau directeur sportif que les dirigeants ont dû se démener, un an après le départ soudain de Matthias Sammer. Les légendes du club Philipp Lahm et Oliver Kahn ont poliment décliné. Max Eberl, manager du Borussia Mönchengladbach, idem. La série de camouflets a pris fin avec l’engagement, début août, de Hasan Salihamidzic. Un choix d’emblée contesté. L’ancien international bosnien a passé neuf saisons (1998-2007) à mouiller la tunique munichoise et à faire l’unanimité pour sa bonne humeur contagieuse et sa générosité, mais il n’a absolument aucune expérience d’un tel poste avec d’aussi hautes responsabilités.

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Une avance insurmontable

Son futur rôle: avoir constamment un œil sur les pépites du centre de formation, assurer le lien entre le staff technique et le vestiaire, négocier les futurs transferts et les prolongations de contrat. Les supporters sont dubitatifs sur sa capacité à succéder dignement à Matthias Sammer. Et Salihamidzic a déjà fait une victime: le directeur technique Michael Reschke (qui a notamment fait venir Coman et Kimmich) n’a pas accepté que l’ancien milieu de terrain devienne son chef. Il a démissionné.

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Malgré tout, le Bayern reste le Bayern. Pour Ottmar Hitzfeld, ancien entraîneur du club munichois, la préparation tronquée n’appelle pas à tirer la sonnette d’alarme: «Je ne vois pas qui pourrait empêcher le Bayern de conquérir une sixième Meisterschale (saladier d’argent), confie l’ancien sélectionneur de l’équipe de Suisse. Son avance sur les autres clubs est tellement importante qu’il faudra encore quelques années avant que la course au titre ne connaisse de nouveau un brin de suspense. La saison passée, le Borussia Dortmund a accusé dix-huit longueurs de retard. Réduire cet écart de moitié constituerait déjà une belle performance.»

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