Bundesliga

En Allemagne, Lucien Favre muscle son discours

Le Borussia Dortmund a mieux réussi son recrutement que le Bayern Munich, et son entraîneur suisse ne craint pas d’afficher des ambitions de titre. Beaucoup pensent pourtant qu’il sera dur de renverser le champion

Sensation en Bundesliga. Le Borussia Dortmund ose annoncer ouvertement en début de saison qu’il vise le titre de champion. Personne n’avait plus défié le Bayern de la sorte depuis au moins cinq ans. Et voilà qu’à deux jours du début de la nouvelle saison, le pourtant prudent Lucien Favre muscle le discours: «Le Bayern a les meilleurs atouts au départ, mais nous voulons être un challenger à la hauteur et lutter pour le titre.» La victoire de ses hommes en Supercoupe d’Allemagne (2-0) montre que l’ambition n’est pas déraisonnable.

A Dortmund, les dirigeants ont tiré les leçons de la désillusion de la saison passée: 9 points d’avance sur le «Rekordmeister» avant Noël, pour finalement le laisser remporter un septième titre consécutif, record absolu en Allemagne.

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Leçons psychologiques d’abord. A force de cultiver l’humilité et de répéter que le titre n’était pas un objectif, les patrons du club ont été accusés d’avoir démobilisé leurs propres joueurs au moment crucial de la saison. Leçons sportives ensuite. L’équipe de jeunes espoirs enthousiastes mais inconstants a été spectaculairement renforcée. Le champion du monde 2014 Mats Hummels – qui aura un rôle de leader – est rentré au bercail avec l’expérience de ses 30 ans et de trois saisons au Bayern.

Déficit offensif

Le club est également allé chercher trois internationaux nouvelle génération: les Allemands Nico Schulz (arrière latéral) et Julian Brandt (milieu offensif), ainsi que le Belge Thorgan Hazard (milieu offensif). Et il a su conserver les hommes clés de la saison passée: l’international suisse Manuel Akanji en défense, Axel Witsel comme plaque tournante, et bien sûr le capitaine Marco Reus, idole du Signal Iduna Park.

Face à ce mercato réussi, le Bayern a, au minimum, un temps de retard. En défense, le départ de Hummels est compensé par les arrivées de Benjamin Pavard et de Lucas Hernandez. Mais devant, le club a perdu sans contrepartie ses légendaires Arjen Robben et Franck Ribéry, et laissé repartir à Madrid le Colombien James Rodriguez.

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La semaine dernière, l’ambitieux Robert Lewandowski, qui rêve toujours d’accrocher une Ligue des champions à son palmarès, a tapé du poing sur la table: «Jouer toute une saison avec 13 ou 14 professionnels expérimentés, ça va être dur. Nous avons 50 ou 60 matchs, et pour cela nous n’avons pas assez de joueurs.»

Leipzig en outsider

Le directeur sportif Hasan Salihamidzic, responsable des transferts, est sous pression. Il a finalement présenté mardi un attaquant, Ivan Perisic, finaliste du Mondial avec la Croatie, qui arrive de l’Inter Milan en prêt pour une saison. Aux yeux de la presse allemande, ce n’est qu’un «plan B», ou une «solution de secours» après l’abandon de la piste Leroy Sané (Manchester City), compromise par sa grave blessure au genou début août.

A la dérive, le Bayern? Dans une interview à l’AFP, Lothar Matthäus propose de prendre un peu de hauteur: «Combien de joueurs de Dortmund auraient leur place au Bayern, et combien du Bayern seraient titulaires à Dortmund? Il y a clairement plus de joueurs de Munich qui pourraient jouer à Dortmund que l’inverse.» Le capitaine de l’Allemagne championne du monde 1990 n’hésite pas: «Je suis certain que la Bundesliga va être passionnante, mais à la fin le Bayern sera champion.»

Comme lui, 17 des 18 entraîneurs de Bundesliga voient le «Rekordmeister» décrocher un huitième titre consécutif. Seul Florian Kohfeldt (Brême) imagine Dortmund champion. Face aux deux géants, les autres équipes s’attendent à jouer au mieux pour les places d’honneur. Leipzig est, dans ce domaine, le plus ambitieux, et compte sur son nouvel entraîneur star de 32 ans, Julian Nagelsmann (ex-Hoffenheim), pour franchir un palier et se rapprocher du sommet.

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