«Il serait très fâcheux que les dépenses souvent exagérées faites dans les dernières Olympiades, et dont une bonne partie représente l'édification de monuments permanents inutiles […] détournassent des (petits) pays de se mettre sur les rangs pour accueillir les Jeux olympiques de l'avenir.» Signé Pierre de Coubertin, en avril 1911… Près d'un siècle plus tard, le CIO s'est aperçu que le baron avait raison, en acceptant, vendredi à Prague, un catalogue de 119 mesures destinées à réduire le coût et la taille des JO, aussi bien que le train de vie de l'institution olympienne elle-même.

Proposées par la CEJO (Commission d'étude des JO), que dirige l'avocat montréalais Dick Pound, ces mesures vont être échelonnées dans le temps: 31 toucheront déjà Athènes 2004, 69 seront appliquées à Turin 2006, 11 à Pékin 2008, 3 à Vancouver 2010, enfin 5 en 2012 (ville non encore élue). Directeur exécutif des Jeux – sorte de super-intendant du CIO auprès des comités d'organisation et des commissions de coordination –, Gilbert Felli nous en parle.

Le Temps: Pourquoi cette soudaine volonté de s'attaquer au gigantisme des JO?

Gilbert Felli: Tout est parti d'Atlanta 1996, où le CIO s'est rendu compte qu'il ne maîtrisait plus des paramètres tels que les accrédités (près de 200 000), les transports, la technologie. Or, le fait d'être dépassé par l'ampleur de l'événement peut déboucher sur l'impossibilité d'organiser les Jeux.

– Qu'avez-vous fait alors?

– Une analyse approfondie de la situation avec les responsables des Jeux suivants, Nagano 98, Sydney 2000 et Salt Lake City 2002. Il en est ressorti une mise en garde claire de leur part: si la fuite en avant continuait, des villes seraient amenées à renoncer à une candidature.

– N'y a-t-il pas une surenchère des Fédérations internationales, qui veulent des théâtres toujours plus beaux pour leurs sports?

– C'est vrai, et cela devient impossible à gérer. Maintenant, ce que nous voulons grâce aux réformes adoptées consiste à donner un coup d'arrêt à ces folies tout en assurant la qualité des JO. On peut la garantir avec moins de moyens.

– Vous évoquez là un authentique changement de mentalité par rapport à l'époque Samaranch.

– Quand Samaranch a repris le CIO en 1980, le désert régnait au niveau des candidatures olympiques, tandis que l'argent dans les caisses du CIO avoisinait le zéro. Il a reconstruit le mouvement, en soignant peut-être un peu trop les relations publiques, comme tout bon vendeur… Aujourd'hui, le moment est venu de dire halte.

– Quels sont les principaux domaines de réduction des coûts?

– Il n'existe pas de catalogue drastique, mais chaque comité d'organisation des Jeux (COJO) devra en tenir compte et nous soumettre ses projets. Un exemple: Salt Lake City a édifié un seul stade pour le ski de fond et le biathlon. Economie réalisée: 20 millions de dollars!

– L'encouragement à construire des infrastructures temporaires aura-t-il force de loi?

– Nous examinerons cela au coup par coup. Bâtir une patinoire de 20 000 places ne pose aucun problème en un pays de hockey tel que le Canada. S'il s'agissait d'Albertville, il n'y aurait que 8000 places dont 5000 sur des gradins provisoires.

– Et du côté des accrédités pléthoriques?

– Là aussi, on va établir des quotas en fonction de chaque JO. Derrière un accrédité se cachent entre 3000 et 5000 dollars de frais logistiques. Multiplié par 200 000, faites le calcul… Idem pour les 10 000 postes de TV dans les chambres individuelles des journalistes. Ce «petit détail» revient à 6 millions de dollars. J'ajoute que, au-delà de ces mesures restrictives, les gens doivent comprendre que nous promouvons une véritable culture de management et un état d'esprit novateur.

– Y compris pour le train de vie des membres du CIO?

– Oui. Les palaces, les salons de luxe avec des buffets somptueux vont également passer au tamis du régime minceur.