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Lionel Messi et Sergio Ramos, le 2 avril 2016.
© ALBERT GEA

Football

Allons-nous bientôt regretter Michel Platini?

Le président de l’UEFA sur la touche, les clubs les plus riches d’Europe ressortent la vieille idée d’une ligue fermée. Elle pourrait accueillir des franchises américaines ou chinoises

En apparence, l’ordre règne dans le monde du football, où tout va pour le mieux dans le meilleur des business models. La Ligue des champions a enfin atteint le stade où l’issue du match est incertaine et comme le hasard a bien fait les choses, on devrait retrouver le FC Barcelone, le Real Madrid, le Bayern Munich et le Paris Saint-Germain en demi-finales. La finale, prévue le 28 mai à Milan, promet d’être somptueuse.

L’UEFA a certes entamé une réflexion sur le format de sa compétition phare pour la période 2018-2021 (une décision doit être prise d’ici la fin de l’année) mais plus par hygiène mentale que par réel besoin de changement. En coulisses, la formule magique est pourtant contestée, par ceux-là même qui en profitent le plus mais qui, tel Novak Djokovic contemplant le tennis féminin, estiment qu’ils n’y sont pas rétribués à leur juste valeur. Leurs revendications sont les mêmes que celles de tous les super-riches: augmenter les recettes, réduire les risques et, pour cela, privilégier autant que possible l’entre-soi.

Michel Platini en disgrâce, une autre légende du foot européen des années 80 refait surface: Karl-Heinz Rummenigge, le président du Bayern Munich. Périodiquement, l’ancien double Ballon d’or se souvient qu’il est aussi le lobbyiste en chef des grands clubs européens. D’abord en 2000 au sein d’un club de super-riches baptisé G14 (qui deviendra le G18), puis en 2008 avec la fondation de l’Association Européenne des Clubs (ECA). Récemment, il y a deux choses que Rummenigge n’a pas supportées: avoir failli se faire sortir dès les 8es de finale par la Juventus de Turin, puis avoir du subir un tirage au sort pour connaître le nom de son prochain adversaire, qui aurait pu être le Real ou le PSG. Ce n’est finalement «que» Benfica mais Kalle Rummenigge «a failli éteindre [sa] télé».

L’ECA milite désormais pour une sorte de ligue européenne à 16 clubs répartis en deux poules de 8. Et puisque le modèle est la ligue fermée à l’américaine, ces poules sont appelées «conférences». Chaque conférence garantit 14 matchs à chacune des équipes. Les deux vainqueurs de chaque conférence s’affronteraient sur un match, dans une finale qu’il ne faudrait pas bien longtemps à rebaptiser «superball», ou quelque chose d’approchant.

Et les autres clubs? Ils auraient le droit de tenter leur chance bien sûr – le sport, c’est le partage – dans un parcours du combattant débouchant sur un barrage aller-retour contre l’une des 16 têtes de série. On est bien loin du modèle actuel imposé par Michel Platini: 32 équipes réparties en 8 groupes de 4, dont 5 équipes minimum issues des «petits championnats» (cette année: Bate Borisov, Maccabi Tel-Aviv, Astana, Malmö, Dynamo Zagreb), et élimination directe à partir des huitièmes de finale.

Les plus chauds partisans de la réforme sont les Italiens, de plus en plus distancés à cause d’un Calcio exsangue, et les Allemands, qui perçoivent les droits télés les plus bas des cinq grands pays européens. Cette formule poserait de nombreux problèmes, au premier rang desquels le sort des championnats nationaux. Personne ne songe actuellement à les contester mais ils passeraient clairement au second plan, et leurs équipes avec. Les Anglais ont naturellement tendance à considérer que cette ligue existe déjà et qu’elle s’appelle Premier League. Ce n’est pas faux. Dès la saison prochaine, les 20 clubs de l’élite anglaise figureront tous parmi les 30 clubs les plus riches du monde.

Il n’est pas certain que le public suivrait assidûment cette nouvelle compétition. Lorsque la Ligue des champions adapta deux phases de poule successives (entre 1999 et 2003), les audiences chutèrent. Et trop d’affiches (24 Barça-Real depuis 2011) tuent les affiches.

Mais il n’est pas certain non plus que l’intérêt sportif soit le principal enjeu de ce projet. Si l’on veut bien considérer les grands clubs de football pour ce qu’ils sont – des marques de divertissement, comme Disney – alors il faut admettre que le classement n’est qu’un résultat parmi d’autres: la vente de produits dérivés, la négociation des droits télé, les revenus publicitaires, les recettes au stade les jours de match.

Selon la presse anglaise, certains clubs se sont récemment entretenus avec des émissaires américains. Une idée fait son chemin: que certaines de ces 16 places soient réservées aux futures puissances du football mondial, les franchises américaines de la MLS et les clubs chinois de la Chinese Premier League, qui vient de débourser la somme record de 340 millions de francs en transfert cet hiver. Michel, reviens, ils vont devenir fous.

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