Petit retour en arrière. En février dernier, au moment d’effectuer ses premiers tours de roue sur le circuit espagnol de Jerez, la Ferrari F2012 déçoit, voire consterne les membres de la Scuderia Ferrari. Alors que l’écurie italienne comptait sur cette monoplace, annoncée comme révolutionnaire, pour remporter le championnat du monde, ses chronos, lors de ces ­essais de Jerez, restent à deux secondes des meilleurs. La saison 2012 semble enterrée avant d’avoir débuté.

C’est sans compter la force de travail de l’écurie et de ses pilotes. Sans céder au découragement, Fernando Alonso attaque le chantier. Accumule les journées avec les ingénieurs. Travaille sur le moindre détail. Les résultats viennent lentement. La monoplace progresse. Après sa victoire en Malaisie sous la pluie, Fernando Alonso remporte «son» Grand Prix à Valence, en profitant de l’abandon de Sebastian Vettel, alors nettement plus rapide. A Hockenheim, dimanche dernier, l’Espagnol s’impose à nouveau après avoir joué finement lors des qualifications pour signer la pole position – chaussant des pneus pluie neufs à la dernière minute. En course, la F2012 n’est toujours pas la machine la plus efficace, mais Alonso fait parler son talent pour rester en tête pratiquement de bout en bout, devant des monoplaces plus rapides que la sienne.

Pugnace comme jamais, l’Espagnol ne rate pas la moindre occasion, maximise toutes les opportunités qui se présentent. Il est le seul à avoir marqué des points lors de tous les Grands Prix depuis le début de la saison.

Massa, 131 points de retard

En Formule 1, on a coutume d’affirmer que la voiture représente 95% du résultat d’un pilote. Cette saison, Fernando Alonso fait mentir l’adage. Ses performances résultent clairement de son seul fait. En témoignent les résultats faméliques de Felipe Massa, 14e du championnat du monde, qui accuse un retard de 131 points sur son coéquipier.

Le championnat, justement, constitue le seul réel objectif de Fernando Alonso. Titré en 2005 et en 2006, l’Espagnol a failli coiffer une troisième couronne en 2010, sa première saison chez Ferrari, perdant tout lors de la dernière manche, à Abu Dhabi, en raison de la stratégie baroque adoptée par ses tacticiens ce jour-là.

Au sein de la Scuderia, tout le monde reconnaît le génie du pilotage de Fernando Alonso. Passant le plus clair de son temps – y compris ses journées libres – à Maranello, l’Espagnol fait partie de la famille, à un niveau que même Michael Schumacher, resté onze ans chez Ferrari, n’avait pas réussi à atteindre.

«Je n’utiliserai pas le terme «perfection», car on peut toujours s’améliorer, mais je ne parviens pas à trouver de pilotes, dans l’histoire, qui ont atteint le même niveau que Fernando à Hockenheim», s’extasie ainsi Andrea Stella, l’ingénieur de piste de l’Espagnol. «En Allemagne, nous avons couru par toutes les conditions, le sec, la pluie, la piste humide. Quel que soit l’instant, quels que soient les pneus, il était toujours le plus rapide. Nous n’avons pas encore la meilleure voiture sur le sec, mais comparés aux autres, nous en faisons un meilleur usage. Et l’essentiel du crédit est à porter au pilote.»

Pour Stefano Domenicali, le directeur général de la Scuderia, le double champion du monde est le principal responsable du redressement de la firme au cheval cabré. «Fernando est au sommet de son art en ce moment», souligne l’Italien. «En Allemagne, il a couru comme s’il s’agissait de 67 tours de qualification tout en préservant ses pneus. C’est la marque d’un très grand. A l’usine de Maranello, il est toujours très présent. Il est vraiment concentré sur les améliorations de la voiture, son apport a été fondamental pour revenir en tête d’où nous partions au début de la saison.»

Pour l’instant, la moitié du championnat atteinte, Fernando Alonso compte 154 points, soit 34 de mieux que son plus proche rival, l’Australien Mark Webber sur Red Bull. Une avance trop faible pour pavoiser, alors qu’il reste dix manches à couvrir, mais une position idéale pour aborder la seconde moitié de la saison.

Six ans après son dernier titre mondial, en 2006 sur Renault, Fernando Alonso est redevenu le meilleur pilote du monde.