C'est le grand saut. Fini les étapes longues et rapides, terrain de prédilection des spécialistes de la vitesse. Terminée la monotonie des longues tranchées entre des champs de blé sans fin. Dès ce matin, le parcours du Tour de France ne se contentera plus de distribuer sa victoire quotidienne. Le suspense au niveau du classement général ne sera plus déterminé par les secondes de bonifications grappillées dans les sprints intermédiaires ou d'échappée condamnée à avorter peu avant la ligne d'arrivée. Le peloton entre dans les Alpes pour deux jours de déraison programmée.

Tour ouvert

Aujourd'hui, les coureurs se mesureront entre le Grand-Bornand et Sestrières. Plus de 213 kilomètres d'une galère proposant six cols, dont le Télégraphe (1566 m) et le Galibier (2645 m), ainsi que la montée finale vers Sestrières. Le lendemain de Sestriètres à l'Alpe d'Huez (220,5 km), la liste des lieux mythiques des Alpes françaises se prolongera avec le Mont-Cenis, la Croix-de-Fer (2067 m), et l'Alpe d'Huez (1860 m.). Trois montées classées «hors catégorie» sur la route, au bord de celle-ci et dans les souvenirs. Une topographie idéale pour les grimpeurs qui, depuis le départ du Puy-du-Fou, n'ont eu d'autres soucis que celui de limiter les dégâts, notamment dans le contre-la-montre de Metz.

Le Tour sera très ouvert, prédisaient concurrents et suiveurs au départ du Puy-du-Fou. Dix jours plus tard, il le demeure. Huit étapes n'ont pas permis de distinguer le successeur présumé de Marco Pantani. Tout juste ont-elles permis de préciser la composition de la colonne vertébrale du peloton. Un axe qui a néanmoins perdu quelques-unes de ses vertèbres. Les premiers de la liste ont été Alex Zülle et Yvan Gotti, malchanceux lors du passage du Gois dans la deuxième étape. Un coup dur qui a laissé l'Italien à terre, et dont la facture a dépassé les six minutes. Le Suisse, par contre, s'est redonné le droit d'espérer en terminant deuxième du contre-la-montre. Excepté face à Lance Armstrong, il a refait une partie de son retard par rapport à tous ses concurrents, une performance qui le relance dans la course aux places d'honneur. La dernière victime de renom est l'Américain Bobby Julich, accidenté dimanche à Metz, et qui ne pourra pas défendre sa troisième place conquise l'année dernière.

Alliances de circonstance

Nul doute que dès ce matin, les cartes vont à nouveau être redistribuées. Pour faire plier Lance Armstrong en jaune, les alliances de circonstances vont se conclure, histoire de ne pas manquer l'occasion de le distancer. Seulement, l'Américain n'entend pas céder facilement. Depuis le prologue, il ne cesse d'affirmer que lui et son équipe ont fait du Tour de France leur unique objectif. Il pourra donc compter sur une garde attentive de ses coéquipiers en tête du peloton. De plus, personne ne sait réellement à quel niveau il se situe dans la montagne. La seule certitude, c'est qu'après avoir réussi à vaincre son cancer, Lance Armstrong n'est plus le même. Les écarts creusés lors du contre-la-montre en sont une première preuve.