L'épisode est loufoque, mais le représentant de la candidature de Lille dépêché à Lausanne avait tout sauf envie de rigoler, mardi. Réuni dans un hôtel lausannois, le comité exécutif de l'Agence mondiale antidopage (AMA) a en effet décidé par une nette majorité d'exclure la ville française de la course au siège définitif de l'Agence. La raison? Le dépôt hors délais du dossier… «Lille a envoyé ses documents le 28 février par courrier exprès, explique Richard Pound, le président ad interim de l'Agence. Le 1er mars, l'un de ses représentants nous a appelés juste après 17 heures, l'heure limite, pour nous dire que le dossier était bloqué sur la route. Le comité exécutif a estimé que ce n'était pas un cas de force majeure.»

Elles ne sont donc plus que cinq villes à revendiquer le siège définitif de l'AMA: Bonn, Lausanne, Montréal, Stockholm et Vienne. Cinq villes discrètes sur le contenu de leurs dossiers, en attendant la visite de la commission d'évaluation, au mois d'avril, et la décision finale du Conseil de fondation de l'AMA, le 31 juillet ou le 1er août prochain dans un lieu à déterminer. «Toutes ces candidatures sont de grande valeur, dédramatise le secrétaire d'Etat canadien au sport, Denis Coderre. Ce ne serait pas très fair-play de dévoiler les détails du dossier de Montréal avant le passage de la commission d'évaluation. Bonn, Stockholm, Vienne et Lausanne, qui peut désormais se prévaloir de l'exonération fiscale, sont tous des concurrents sérieux.»

Un instrument efficace

Depuis la semaine passée, les responsables des cinq candidatures ont trouvé une raison supplémentaire d'accueillir le siège d'une institution désormais sous les feux de la rampe. Mandatée par la Fédération finlandaise de ski nordique, l'AMA a détecté par ses tests le dopage de plusieurs fondeurs (lire Le Temps du 28 février). La preuve que l'Agence, fondée fin 1999, devient peu à peu un instrument de lutte efficace. Après une mise en route pénible, marquée par un certain nombre d'incompréhensions entre représentants des gouvernements et du mouvement olympique, elle a supervisé les contrôles aux Jeux de Sydney, où sa présence a eu probablement un rôle dissuasif. Cette année, elle effectuera pour son compte 3500 tests hors compétition par le biais d'un consortium d'agences nationales et de laboratoires, nombre qui s'élèvera à 4500 en 2002.

Outre ses efforts dans la recherche, la prévention et l'harmonisation de la lutte, l'Agence va également «proposer un certain nombre de changements dans le code antidopage du CIO», a relevé Richard Pound, lui-même président de la commission de marketing du CIO, au terme de la réunion du comité exécutif. L'idéal serait de pouvoir appliquer ce nouveau code antidopage unique au mouvement olympique et à tous les pouvoirs publics l'année prochaine.»

Mais cette année 2001 sera aussi l'occasion pour les gouvernements de concrétiser les engagements financiers pris lors de la création de l'Agence. Aujourd'hui, le CIO assume seul les frais de fonctionnement de l'AMA (soit 23,6 millions de francs cette année). Dès le 1er janvier 2002, les autorités publiques prendront en charge la moitié du budget, sans doute revu à la hausse, selon une clé de répartition à déterminer. «Le groupe consultatif intergouvernemental se réunira quelques jours avant la réunion du comité exécutif de l'AMA au Cap pour régler les détails», précise Denis Coderre. Le 1er juin, en Afrique du Sud, on devrait en savoir un peu plus sur l'engagement financier des autorités publiques. Mais aussi sur les chances des candidats dans la course au siège. Ce jour-là, la commission d'évaluation présentera en effet son rapport aux membres du comité exécutif de l'Agence…