Doubles championnes du monde en titre, les joueuses de l’équipe nationale américaine de football ont concédé vendredi 1er mai une surprenante défaite, face à un adversaire – leur fédération, US Soccer – qu’elles combattent depuis quatre ans et sur un terrain – la justice – qui leur semblait acquis. Leur demande d’égalité de traitement avec l’équipe masculine a été déboutée dans un jugement en référé par un juge californien, qui a rejeté l’argument principal de discrimination salariale.

La défaite est d’autant plus amère pour les coéquipières d’Alex Morgan et Megan Rapinoe qu’elle a été concédée sur ce qui s’apparente à un autogoal. «Pendant des années, elles ont argumenté qu’elles étaient moins bien payées que leurs homologues de l’équipe nationale masculine. A maintes reprises, elles ont fait valoir qu’elles méritaient un salaire égal. Elles ont répété ce cri de ralliement dans des hashtags, sur des t-shirts et lors de conférences de presse, et elles ont entendu leurs fans le chanter lors de matchs de la Coupe du monde et de défilés de victoire», rappelle le New York Times. Or, ce n’était pas vrai.

Mieux payées depuis 2015

Du moins pas depuis février 2015, date du début de l’action collective dans cette affaire. Non seulement US Soccer n’a pas payé les joueuses moins que les hommes, mais «l’équipe nationale féminine a été payée plus que l’équipe nationale masculine, à la fois sur une base cumulative et sur une base moyenne par match», estime le juge Gary Klausner, du Tribunal fédéral de district de Los Angeles. En effet, durant cette période, les femmes ont gagné deux Coupes du monde, empoché des primes et négocié des contrats de sponsoring alors que les hommes rataient la qualification pour la Coupe du monde (Russie 2018) pour la première fois depuis 1986!

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Un calcul pris une année plus tôt aurait changé la donne (l’équipe masculine avait participé à la Coupe du monde 2014 et touché d’importantes primes) mais le juge reproche également aux joueuses d’avoir refusé, à une date non précisée, une proposition pour être payée sur la même base salariale que l’équipe masculine et d’avoir «renoncé à des primes plus élevées en guise d’avantages, parmi lesquels une rémunération de base plus élevée et la garantie d’un plus grand nombre de joueuses sous contrat». Dans sa décision de 32 pages, le juge conclut que «les plaignantes ne peuvent pas considérer rétroactivement que leur convention collective est pire que celle de l’équipe masculine, en se référant à des conditions qu’elles ont elles-mêmes rejetées».

Accord financier en vue

Les joueuses ont immédiatement réagi. Sur Twitter, la star Megan Rapinoe a affirmé: «Nous n’arrêterons jamais de nous battre pour l’égalité.» La porte-parole des joueuses, Molly Levinson, a indiqué que l’équipe avait «confiance dans son dossier» et allait «faire appel». De son côté, US Soccer a adopté un profil bas. Durement secouée par cette affaire qui a entaché sa réputation, menacé son avenir financier et causé plusieurs démissions, dont celle de son président Carlos Cordeiro en mars, la fédération sait sans doute qu’il faudra négocier.

«Nous sommes impatients de travailler avec l’équipe nationale féminine pour tracer une voie positive», assure ainsi la nouvelle présidente Cindy Cone, une ancienne joueuse. Les deux parties savent qu’un bon accord vaut désormais mieux qu’un mauvais procès. Celui-ci doit débuter le 16 juin concernant les autres griefs des plaignantes (nettement moins contestables) sur l’inégalité de traitement dans le logement, les voyages et les équipements.

(avec l'AFP)