Football

«America First» en finale de la Coupe du monde

Les Etats-Unis ont remporté leur quatrième titre mondial en battant les Pays-Bas sur le score de 2-0. Impressionnantes de maîtrise, Megan Rapinoe et ses coéquipières ont dominé leurs dernières adversaires comme le tournoi. Un sacre incontestablement mérité

Impossible de manquer les affiches au centre-ville de Lyon: la tournée de Rammstein fait étape au Groupama Stadium en juillet 2020. Le groupe de rock allemand ne fera l’impasse sur aucun de ses tubes et finira bien par entonner: «America, it’s wunderbar!» Un an plus tôt, c’est le même message, au même endroit que proclamait l’équipe féminine de football des Etats-Unis en remportant sa quatrième Coupe du monde en huit éditions, la deuxième consécutive.

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La chanson fait le constat d’un monde culturellement américanisé; le tournoi aura montré que, malgré ses progrès, le football des femmes à l’européenne n’a pas encore comblé son retard sur le women’s soccer. La vaillante équipe des Pays-Bas fut la dernière à échouer face aux irrésistibles Américaines, dimanche. Score final: 2-0.

Avec ce nouveau succès, les Stars & Stripes - qui comptent quatre médailles d’or olympiques en plus de leurs titres mondiaux – confortent leur statut de meilleure équipe de l’histoire, et du moment. La défenseuse Ali Krieger exagérait sans doute en affirmant que les Etats-Unis comptaient «les deux meilleures formations» de la Coupe du monde (sous-entendu: les titulaires et les remplaçantes), mais la sélectionneuse Jill Ellis a indéniablement profité d’une profondeur de banc sans égale.

Toutes les joueuses impliquées

Avant même la finale, elle avait utilisé ses 20 joueuses de champ (contre 14 pour les Pays-Bas) sans que cela se ressente. Sa ligne d’attaque Alex Morgan-Tobin Heath-Megan Rapinoe – présentée comme son atout numéro 1 – était amputée de ses deux ailières en demi-finale mais l’Angleterre n’a pas vraiment eu l’impression d’affronter des seconds couteaux. Contre les Pays-Bas, le trio était réuni. Mais il a mis du temps avant de faire la différence.

La coach néerlandaise Sarina Wiegman avait bien réfléchi son plan de match. D’abord, il s’agissait de montrer de la détermination physique, chose faite avec quelques interventions très rugueuses dès les premiers instants. Ensuite, il fallait respecter une discipline défensive extrêmement stricte: dès la perte de la balle, ses joueuses se replaçaient en un 4-5-1 aussi bas que possible pour former un double rideau défensif. Enfin, il fallait idéalement lancer des contres en comptant sur la pointe Lineth Beerensteyn pour garder le ballon et permettre aux ailières de se projeter.

Jusqu’à la finale, les Américaines avaient marqué avant la 13e minute de jeu lors de chacune de leurs rencontres. Le premier défi de leurs adversaires était donc de laisser passer l’orage initial, et elles y sont parvenues sans trop de problèmes, notamment grâce à l’intransigeance d’Anouk Dekker en défense centrale.

Grande gardienne

Mais pour atteindre la pause sur un score encore vierge, les Oranje Leeuwinnen ont aussi dû compter sur la performance majuscule de leur gardienne Sari van Veenendaal, qui a réalisé quatre parades déterminantes en première période. Elle a eu un peu de chance pour s’interposer sur une tête de Samantha Mewis (37e), de réussite pour détourner un tir taclé d’Alex Morgan (38e), mais elle a aussi fait étalage de son talent à deux reprises sur de lourdes frappes (28e, 40e).

Inférieures techniquement, les Néerlandaises n’ont pas cherché à trop garder le ballon, ce qui aurait présenté le risque de les exposer à des bourdes. Ce n’était pas une mauvaise idée. Leurs contres éclairs n’ont d’ailleurs pas été loin de faire mouche, mais il y manquait à chaque fois un petit truc: de la justesse dans un contrôle, de la précision dans une passe, de la pertinence dans un choix.

C’est d’ailleurs une prise de décision un peu naïve qui a précipité la chute des championnes d’Europe. A la 59e minute de jeu, Stefanie van der Gragt levait le pied bien plus que de raison pour défendre sur Alex Morgan, qui n’a pas sa pareille pour provoquer la faute adverse, et l’arbitre Stéphanie Frappart n’avait d’autre choix, après recours à l’assistance vidéo, que de siffler penalty. Megan Rapinoe le transforma d’un plat du pied presque nonchalant, et surtout éloquent quant à sa capacité à résister à la pression.

Pour les Pays-Bas, ce but changeait tout. Le chassé devait devenir chasseur, et vite. Avec un peu plus de sang-froid, Vivianne Miedema aurait pu égaliser rapidement. Mais non: ce sont au contraire les Etats-Unis qui doublaient la mise par le biais de Rose Lavelle. La milieu de terrain attire moins l’attention que certaines de ses coéquipières, mais elle aura été l’une des plus belles footballeuses de cette Coupe du monde avec sa technique soyeuse.

Final politique

Les vingt dernières minutes de la rencontre furent débridées, entre des Néerlandaises qui n’avaient plus rien à perdre et des Américaines qui n’auraient pas été contre l’idée de saler l’addition. Mais lors de chaque contre-attaque ou percée solitaire, elles ont voulu trop en faire. La passe qui embarrasse plutôt que de démarquer, le crochet qui enferme plutôt que de libérer. Et quand elles finissaient par tirer, Sari van Veenendaal – irréprochable jusqu’au coup de sifflet final – était à la parade.

La sélectionneuse Jill Ellis a profité des derniers instants pour soigner les symboles. Entrée de la vétérante Carli Lloyd (37 ans dans une semaine), héroïne de la finale de la Coupe du monde 2015 (5-2 contre le Japon), pour l’associer au triomphe de la relève. Et sortie de Megan Rapinoe pour lui permettre de recevoir un hommage appuyé des 20 000 Américains qui garnissaient le stade.

Elue meilleure joueuse de la finale et de la Coupe du monde, la passionaria de l’équipe savourera bientôt une victoire personnelle supplémentaire. L’attaquante aux cheveux lavande avait annoncé voilà quelque temps qu’elle n’irait pas à la Maison-Blanche en cas de victoire, par défiance envers son occupant. Donald Trump lui avait répondu de gagner avant de trop parler. Maintenant que c’est fait, elle aura tout loisir de mettre ses intentions à exécution.

Pour aller plus loin, découvrez «Raffut», le podcast du «Temps» consacré au sport féminin:

Au moment où Gianni Infantino entrait sur la pelouse pour la cérémonie protocolaire, le public lyonnais s’est mis à scander «EQUAL PAY!», en écho au combat des footballeuses américaines en conflit avec leur fédération pour obtenir les mêmes primes que les joueurs de la sélection masculine. Sur le terrain politique, elles ont encore des matchs à gagner. Sur le rectangle vert, elles ont montré qui étaient les patronnes.

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