Les Américains constituent à eux seuls le tier du golf mondial

Le panorama du golf mondial évolue et l'on découvre de nouvelles stars, plus ou moins jeunes.

Les yeux brillants d'envie, toutes les nations intéressées par le golf louchent sur le réservoir inépuisable des Etats-Unis. Avec plus de 25 millions de golfeurs pour quelque 16 000 parcours, les Américains constituent à eux seuls le tiers du golf mondial. Pas étonnant dans ces conditions qu'ils dominent outrageusement les circuits professionnels et amateurs. Autre avantage déterminant, la couverture télévisée de toutes les compétitions d'importance, qui assure au golf une promotion quotidienne et efficace.

En 1997, le phénomène Tiger Woods a permis aux Etats-Unis d'asseoir leur domination. Mais il a aussi rendu le golf populaire dans la communauté noire, avec un engouement particulièrement évident chez les jeunes. D'où une nouvelle accélération dans le développement du golf.

Paradoxalement, le succès enregistré par Woods dans ses opérations de promotion au sein de la communauté noire a correspondu à ses échecs sur le circuit. Tiger n'a remporté qu'un seul tournoi sur le Tour américain. Il n'a pas spécialement brillé dans les tournois majeurs, abandonnant notamment son titre dans l'US Masters, alors qu'il en était le grand favori. Très sollicité par ses sponsors, certainement maladroit dans la gestion de son emploi du temps, le jeune Tiger est passé à côté de sa saison 1998, même s'il reste le numéro un mondial du golf.

Moins médiatique, moins charismatique, David Duval a néanmoins capté l'attention du public par sa réussite sur le circuit américain. Agé de 27 ans, ce résident floridien était considéré il n'y a pas si longtemps comme le «Poulidor» du golf. Roi de la seconde place, il avait attendu la fin de la saison 1997 pour changer de maillot et revêtir l'habit du vainqueur. David Duval a confirmé en 1998. Il a remporté quatre épreuves, devançant son poursuivant direct au classement aux gains – Vijay Singh – de quelque 300 000 dollars. Avec près de 2,6 millions de billets verts amassés pendant la saison, il a rayé des tabelles le record de Tiger Woods. Il a aussi gagné le Vardon Trophy, qui récompense habituellement le joueur affichant la meilleure moyenne de score: 69,13 pour Duval en 1998.

Duval, c'est du solide. Une gueule de mauvais garçon, un swing de cow-boy, une réussite hollywoodienne, tout pour plaire au pays de l'Oncle Sam. Pour gagner définitivement le cœur des Américains, il va lui falloir remporter un titre du Grand Chelem, étape incontournable d'une carrière réussie. Cela pourrait fort bien se passer en 1999, saison au cours de laquelle Duval se préparera spécifiquement pour les quatre tournois majeurs.

«Joueur de l'année» aux Etats-Unis, Mark O'Meara a attendu de passer la quarantaine pour afficher enfin des prétentions légitimes. Alors que tous les observateurs du golf le considéraient comme un outsider particulièrement doué, lui doutait de ses capacités. A l'opposé des «grandes gueules» que les Etats-Unis se font un malin plaisir de produire à la chaîne, O'Meara a quasiment souffert d'un complexe d'infériorité. Au point de déclarer: «Je ne suis qu'un bon joueur, pas un grand joueur.»

En 1998, son gourou a certainement dû lui débloquer des shakras, car il a littéralement «explosé»! Sa régularité et surtout la qualité de son putting lui ont permis de remporter l'US Masters en avril. Devant David Duval et surtout Tiger Woods, son ami intime, qui est venu déposer sur ses épaules la fameuse veste verte du vainqueur d'Augusta.

A peine avait-il eu le temps de se remettre de ses émotions que Mark O'Meara remportait le British Open en juillet. Deux victoires majeures dans la même année, pour un joueur à la personnalité chaleureuse mais particulièrement effacée. La réussite du voisin de Tiger Woods – ils vivent en Floride à un jet de pierre l'un de l'autre – a définitivement assis la réputation du golf américain. Dans une position inexpugnable, ce dernier peut regarder avec un sourire entendu les tentatives désespérées de l'Europe, de l'Australie ou de l'Afrique du Sud pour le déloger de son piédestal. Car l'éclosion de Duval et O'Meara a stimulé tous les joueurs du circuit, des plus jeunes au plus mûrs. L'an prochain, il faudra compter avec des joueurs comme Davis Love, Jim Furik, Justin Leonard et surtout Tiger Woods, dont l'orgueil fouetté par ses échecs devrait le doper. Au sens propre du terme…

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