«J'appelle toutes les nations à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour arrêter ces attaques terroristes. Et maintenant, regardez ce drive!» Ces propos hallucinants sont prononcés par George W. Bush lors d'une conférence de presse improvisée en 2002, alors qu'il s'apprête à entamer sa partie de golf. Les prédications du président alors en exercice (2001-2009), davantage concerné par l'équilibre de son swing que celui de la planète, sont encore visibles sur n'importe quel site de partage (tapez: «now watch this drive») pour un régal qui n'a pas pris une ride.

Plus près de nous, il y a également cette photo de Barack Obama (2009-2017) en train de travailler son petit jeu sur le putting-green de la Maison-Blanche. Un cliché autorisé, et donc parfaitement assumé. Autant d'éléments de scandales potentiels en Europe occidentale, mais qui ne choquent personne outre-Atlantique tant le golf fait partie de la culture américaine. Et de celle de ses présidents, puisque Barack Obama est le quinzième chef d'Etat sur les dix-huit derniers élus à se balader régulièrement sur les fairways. Les réfractaires se nomment Herbert Hoover, Harry Truman et Jimmy Carter et, hasard ou pas, deux des trois n'ont pas été réélus.

Si elle est élue ce mardi 8 novembre, Hillary Clinton ne grossira pas la liste des présidents golfeurs. Elle ne joue pas, et on est même prêt à parier qu'elle tient le golf en horreur. Non pas pour les odeurs de cigare qui polluent le voisinage des club-houses; mais parce que de tous les écarts qu'elle a dû subir de la part de son mari, ceux provoqués par son addiction à la petite balle blanche étaient sévères.

Bill Clinton (1993-2001) était totalement accro au golf et y jouait aussi souvent que possible. A l'image de son personnage: de façon totalement décomplexée, en multipliant les commentaires déplacés à très haute voix sur son jeu. Il était également réputé pour utiliser à foison les «mulligans», ces coups gratuits parfois offerts par nos partenaires quand notre premier essai s'est révélé désastreux. Il en a tellement abusé que le concept avait d'ailleurs été renommé «billigan»... Une liberté de plus avec le règlement à mettre à son passif, tout comme le fait de sortir discrètement une balle de sa poche quand il ne retrouvait pas la première. Son compagnon démocrate Bob Dole avait joliment déclaré en 1996: «Aujourd'hui, je ne sais pas s'il a joué 83 comme il le dit, ou 283, voire même 483. C'est impossible à savoir.» 

Tous les golfeurs le savent bien: l'adage «Dis-moi comment tu joues et je te dirai qui tu es» est une vérité incontestable. Le King Arnold Palmer, récemment disparu, a eu l'honneur de jouer avec plusieurs présidents. Plutôt que de s'attarder sur les tares et autres déviances des plus loufoques d'entre eux, il avait comme à son habitude pris le parti de ne retirer que le positif de ces rencontres. Celui qui l'a le plus impressionné? Gerald Ford (1974-1977). «Chaque fois qu'on voulait lui donner un putt (une pratique régulière sur putts très courts en partie amicale), il refusait et tenait absolument à le jouer.»

Tous n'avaient pas cette noblesse, et certains se sont révélés moins doués que d'autres. Woodrow Wilson (1913-1921) et Warren G. Harding (1921-1923), par exemple, étaient totalement accros au jeu, mais très rarement capables de scorer sous les 100. Dwight Eisenhower (1953-1961), lui, était réputé pour avoir joué plus de huit cents fois pendant son mandat. Loin devant les trois cents parties de Barack Obama... Autres anecdotes: Franklin Roosevelt (1933-1945) était plutôt très bon avant d'être rattrapé par la polio à l'âge de 39 ans, et John Fitzgerald Kennedy (1961-1963) était le meilleur de tous, avec un index estimé à 8 en dépit de douleurs dorsales difficilement supportables.

JFK tenait aussi plus que tout à ne pas être pris en flagrant délit pendant sa présidence et ne jouait que les trous du milieu d'un parcours, en général les plus éloignés des zones publiques. Cela paraît simple raconté comme ça, mais c'est toute une opération pour emmener un président en exercice sur un parcours. Il faut sécuriser les lieux, et les nombreux gardes du corps qui accompagnent l'élu dans sa promenade clubs en mains sont plutôt tendus.

Ce sera sans doute plus facile pour Donald Trump s'il sort vainqueur du prochain suffrage. Le candidat républicain est propriétaire de nombreux «resorts»: aux Etats-Unis, mais aussi en Ecosse, où il a racheté le prestigieux Turnberry et où il vient de construire un merveilleux bijou de bord de mer à Aberdeen. Il a bien évidemment le soutien d'une grande partie du circuit professionnel américain, un microcosme qui aime la chasse, la pêche, et goûte assez peu les valeurs du camp d'en face. Les partenaires de Trump disent de lui qu'il a la tricherie facile, mais qu'il fait un camarade de jeu très divertissant sur la longueur. Tout sauf une surprise.