Certains signes ne trompent pas. La finale de la troisième Coupe du monde de football féminin, qui oppose ce samedi les Etats-Unis à la Chine, se jouera dans un stade plein à craquer. Il y a encore quelques années, pourtant, cette éventualité aurait fait sourire la moitié de la «planète football». Visiblement, les temps ont donc changé. La preuve? Les 85 000 places du Rose Bowl de Pasadena, près de Los Angeles, n'ont pas suffi à rassasier l'appétit des supporters américains. Conséquence: les organisateurs ont été obligés de libérer 5000 sièges supplémentaires pour apaiser les esprits.

Et, quel que soit le résultat de la finale, la Women's Soccer World Cup est d'ores et déjà un énorme succès populaire et commercial. «Les trois dernières semaines ont été extraordinaires, a souligné Marla Messing, présidente du comité d'organisation. Cette Coupe du monde a provoqué un petit séisme. Il s'agit de la plus importante compétition féminine jamais organisée. Sans fausse modestie, je crois que le 10 juin 1999 sera une date clef dans l'histoire du sport féminin.» Avec plus de 650 000 billets vendus sur l'ensemble du tournoi et une moyenne d'environ 35 000 spectateurs par match, le Mondial féminin a en effet dépassé les prévisions les plus optimistes.

Le baseball au second plan

La couverture médiatique zélée de la compétition par la presse américaine a relégué le baseball dans les pages intérieures des rubriques sportives et les taux d'audience télévisée ont atteint des niveaux très respectables. Bien entendu, l'excellent parcours des Américaines, grandes favorites de la finale, n'est pas étranger à cet engouement général. Mais, depuis quelques années, le phénomène semble être solidement enraciné dans le paysage sportif local. Les rencontres sans l'équipe des Etats-Unis ont, par exemple, attiré environ 22 000 spectateurs par match. Une moyenne très honorable. «Je ne suis pas surpris par le succès populaire de cette Coupe du monde», nous expliquait Michel Platini il y a deux jours.

Présent à Los Angeles pour assister à la finale ainsi qu'au congrès extraordinaire de la FIFA (Fédération internationale de football association), l'ancien président du Comité français d'organisation (CFO) du Mondial 1998 se voulait analytique. «Aux Etats-Unis, le football est d'abord une affaire de femmes. Et, sur les treize millions de jeunes licenciés, plus de la moitié d'entre eux sont des jeunes filles. De plus, je trouve que le niveau de jeu s'est très largement amélioré depuis trois ou quatre ans. Les matches sont agréables, engagés et très offensifs. Enfin, aux Etats-Unis, la perspective d'un championnat professionnel de football féminin se précise.»

Un pronostic pour la finale? «Aucune idée, je ne connais pas assez les équipes.» Michel Platini n'est pas devin. Peu importe. Cette Coupe du monde est de toute façon une belle aubaine pour la FIFA qui, par la voix policée de son président, le Suisse Joseph Blatter, a décrété que le football du XXIe siècle serait féminin ou ne serait pas. Quelques jours avant la finale, la FIFA a d'ailleurs organisé un symposium consacré à l'avenir du football féminin. Dans l'assistance, 80% des participants étaient masculins. La réalité se passe parfois de commentaires.