Le collège décidera le 27 avril si, oui ou non, il porte la Ligue nationale A à 13 équipes, éventuellement à 14, dès l'automne prochain. A cette date, les patinoires auront fermé. Lausanne aura peut-être perdu son barrage contre Bâle – dès jeudi, au meilleur des sept. De ce cas de figure dépend fortement, si ce n'est totalement, l'issue du vote.

Citant deux dirigeants, Le Matin relaie une rumeur galopante dans les arcanes du hockey suisse: «Il n'est pas sûr que le collège vole au secours d'une équipe qui emprunte facilement le chemin juridique.» En d'autres termes, si Lausanne est reléguée, l'assemblée votera le statu quo et, sans remords, abandonnera le club vaudois à son culte dévot du Code pénal. Cette hypothèse est défendue par un fonctionnaire de la Ligue: «Un lobby assez puissant milite pour la présence de Bâle en élite. C'est la seule chance – encore qu'elle me paraisse infime – de voir l'assemblée consentir à une extension intempestive de la LNA. En revanche, si Lausanne tombe en LNB, personne ne lui tendra la main. Ses dirigeants déposent des plaintes pénales, portent des accusations graves, mais ne daignent pas se déplacer aux séances de la Ligue. A force de jeter le discrédit sur la corporation, LHC n'y a plus beaucoup d'amis.»

La Ligue n'aura besoin de personne pour se discréditer si, le 27 avril, elle piétine les règlements pour en édicter de nouveaux, à la tête du client. De même que le juge unique a, seul, accordé le bénéficie du doute à un joueur (Jeff Shantz) lancé la canne en l'air dans le dos d'un autre (Eric Landry) qui, depuis, souffre curieusement d'une commotion cérébrale, d'un nez cassé et d'une pommette fracturée.

Reste que Lausanne a dérapé. C'est là toute l'histoire d'un club follement aimé, un club qui, au cours de sa rocambolesque existence, n'a eu de cesse de survivre à une impéritie héréditaire. La nouvelle direction, sur laquelle d'aucuns fondaient de gros espoirs, s'est causé, le temps d'un cliché, un tort inestimable. Et pour cause: dimanche dernier, le président Robert Lei Ravello alerte la presse tout entière, brandit une photo d'Eric Landry défiguré, emploie le mot attentat, exige l'annulation de la série et annonce des émeutes au match suivant à Malley. Quatre jours plus tard, La Liberté révèle que la photo envoyée aux médias est trafiquée. Robert Lei Ravello s'oublie: «Pourquoi chercher la polémique? L'essentiel n'est pas là.»

Le plus troublant demeure la psychose entretenue – avec la complaisance ou la complicité de certains médias – autour du match de mardi dernier à Malley, sans qu'aucun indice ni précédent ne laisse présager des actes de violence. Sur le moment, la charge infligée à Eric Landry n'avait provoqué que des sifflets dans les tribunes et, tout au plus, des réactions indignées derrière les pupitres de presse. La partie était à peine terminée que, trottinant de micro en stylo, Robert Lei Ravello prédisait des batailles rangées entre supporters, à la grande stupéfaction des intéressés eux-mêmes.

Dans les gradins ou les coulisses subsiste l'impression que la direction s'est servie des supporters, de la presse et des malheurs d'Eric Landry pour survivre à une situation qui, de toute évidence, lui échappe. Ses réactions épidermiques, ses abus de langage fleurent l'énergie du désespoir face à une menace qui croît constamment, celle de la relégation, vers laquelle semble s'acheminer une équipe désunie, un entraîneur roublard, des joueurs atones ou pressés de partir.

Dans un communiqué officiel, Lausanne s'excuse d'avoir envoyé «par erreur» une photo retouchée, prise et envoyée «par une personne extérieure au club». Nul ne sait qui, dans quel but, et comment. Mais tout le monde sait que jeudi soir, avant la cinquième partie contre Gottéron (4-2), les dirigeants du LHC étaient introuvables.