L'équipe de Suisse en forme à nouveau une. C'est, au-delà des chiffres, le principal enseignement de la semaine écoulée. Abasourdis par un camouflet luxembourgeois que l'on parviendra peut-être, en fin de compte, à considérer comme un événement positif, les joueurs d'Ottmar Hitzfeld ont redressé la barre en l'espace de cinq jours. Chichement face à la Lettonie, puis avec bravoure, mercredi soir à Athènes. «Nous avons connu l'enfer et nous avons su nous relever», résume le sélectionneur helvétique, on ne peut plus soulagé.

En empoignant les rênes de la Nati, cet été, l'Allemand n'avait pas caché qu'il aspirait à un mode de vie plus relaxant que celui auquel il était astreint dans ses fonctions au Bayern Munich; il vient de vivre cinq semaines très éprouvantes. Les trois points égarés au mois de septembre face aux amateurs du Grand-Duché, avec le sentiment de honte qui s'ensuivit, auraient pu plomber toute cette campagne qualificative pour le Mondial 2010. Ils ont au contraire servi de détonateur, de réveille-matin après «deux ans de somnolence» - dixit le sélectionneur adjoint Michel Pont. Fait notoire: pour la première fois depuis la Coupe du monde allemande, les jolis discours d'avant-match ont trouvé un prolongement dans les actes au stade Karaiskaki. Sur le terrain, là où éclate invariablement la vérité.

En moins d'une semaine, donc, un pessimisme certain a cédé la place à un certain optimisme. Ainsi va le foot, farceur et imprévisible. Il suffirait d'ailleurs - ne l'oublions pas... - que la Suisse se prenne les pieds dans le tapis moldave, le 28 mars prochain à Chisinau, pour que tout redevienne extrêmement compliqué. Pour que l'Afrique du Sud paraisse à nouveau très lointaine.

Pas d'excès d'euphorie

La solidarité et la combativité affichées au Pirée constituent certes une formidable base de travail, un gage pour l'avenir. Mais le niveau de jeu déployé, hautement perfectible, n'autorise aucun excès d'euphorie. Ottmar Hitzfeld le sait, qui avoue se trouver encore en phase «de recherche» par rapport au matériel humain dont il dispose. Signe que les plus grands apprennent tous les jours, ses options tactiques se sont avérées beaucoup plus judicieuses lors des deux dernières rencontres que lors des deux précédentes. Contraint à œuvrer dans l'urgence, privé de plusieurs titulaires potentiels - Patrick Müller, Philippe Senderos, voire Marco Streller -, l'Allemand a su faire front: l'essentiel est sauf.

Il est difficile de déterminer exactement quelle est la part de chance ou de compétence dans la tournure prise par les événements. Une chose est sûre: la bonne fortune s'acharne sur ceux qui savent la provoquer et le technicien a relevé tous les défis avec succès dans sa carrière. «Notre objectif doit être la première place de ce groupe», a-t-il asséné mercredi juste après la rencontre. Après quatre matches, la Suisse compte deux points de retard sur la Grèce et un sur Israël, contradicteurs qu'elle aura l'avantage - supposé - de recevoir durant la phase retour.

Une marge de progression

Aujourd'hui plus que jamais, la qualification directe apparaît jouable. Parce que le favori hellène n'a pu masquer ses limites; parce que les Israéliens n'appartiennent pas au gratin; parce que la Nati possède une marge de progression évidente. Par son sens du dialogue, Hitzfeld a transformé Blaise Nkufo en buteur providentiel; avec Alexander Frei, ça en fait deux. Il a manifestement réussi à convaincre Hakan Yakin qu'il a tout pour devenir un parfait joker.

Au cours des cinq mois à venir, qui seront égayés par une rencontre amicale le 19 novembre devant la Finlande et une affiche à déterminer début 2009, il s'agira de donner substance à l'entrejeu. Dans ce secteur, Gökhan Inler peine à endosser la taille patron qu'on lui destine, et la Suisse aurait pu gravement en pâtir mercredi face à un adversaire de calibre supérieur. La remarque vaut aussi pour l'axe central de la défense, même si Stéphane Grichting et Mario Eggimann ont tenu la route. Bref, l'aventure continue. Et en équipe, tout est plus facile.