Lors du dernier slalom géant, disputé à Flachau samedi dernier, le meilleur Suisse s'est classé 25e. C'est le plus mauvais résultat helvétique dans cette discipline depuis 1967. «Ce n'est pas la catastrophe, mais simplement des résultats en rapport avec notre niveau actuel.» Telle est l'opinion d'Ambrosi Hoffmann, le skieur en question. Beaucoup pensent que le ski suisse a touché le fond ce week-end, et que la situation est bien catastrophique dans ce sport qui a longtemps fait figure de monument national. C'est du moins l'avis de plusieurs gloires d'un passé dont le lustre prend un éclat aveuglant, si on le compare aux résultats actuels. «Le dernier géant a résonné comme une gifle pour l'équipe de Suisse», dit Joël Gaspoz. «Rien ne va. Ce qui est appliqué, c'est une pensée fédéraliste, pas une pensée sportive», ajoute Pirmin Zurbriggen.

«Il est toujours plus facile, après que les choses se sont passées, de dire ce qu'il aurait convenu de faire…» Joël Gaspoz est un modeste. Mais sur ce qu'il est advenu d'une équipe que lui et quelques autres avaient couverte d'or, lui aussi trouve à redire. «On a gâché la spontanéité des sportifs dès les années 90. Je me souviens: cela a commencé avec les descendeurs. Ils devaient apprendre le «virage moto» en exécutant exactement ce que les entraîneurs faisaient sur les pistes. Ceux qui n'y arrivaient pas n'étaient plus retenus.» Les exigences de l'encadrement technique sont étouffantes, selon l'ex-champion. Le Valaisan prend l'exemple de son frère, né en 1977: «Il était meilleur que Didier Défago. Mais les entraîneurs lui ont trouvé plein de défauts et ils n'ont cessé de le lui rappeler. Il a arrêté le ski.»

L'obsession technique martelée dès l'entrée dans les écoles de ski. Voilà ce qui déplaît aux anciens. «Dès l'âge de 15 ans, il n'était plus question de technique pour moi, rappelle Joël Gaspoz. Pourtant, à 15 ans et demi, j'ai participé à ma première Coupe du monde et à 17 ans et demi, j'étais aux JO de Lake Placid.»

Plus largement, c'est le rôle de l'entraîneur qui est à revoir. «Je n'ai jamais eu de meilleur entraîneur que Joël Gaspoz, lance Pirmin Zurbriggen. Pour moi, il représentait la technique absolue. On apprenait énormément l'un de l'autre.» Ce climat d'apprentissage mutuel aurait disparu au profit d'une doctrine unique. «On part d'une théorie fausse qui veut que le skieur doive se soumettre à des schémas. Or un entraîneur, selon moi, n'est pas seulement un prescripteur. Il doit avant tout soutenir l'athlète, lui donner une chance de s'accomplir. Cela n'est apparemment pas la vision d'un Karl Frehsner.»

La pensée du responsable des équipes masculines et de ceux qui l'ont mis en place la saison dernière fait des dégâts. Erika Hess le sait. Depuis quelque temps, elle et son mari Jacques Reymond, responsable des skieurs à l'époque dorée, se sont placés à la porte des sélections nationales. Ils recueillent les jeunes qui n'obéissent plus aux critères. «La sélection est trop rigide, dit-elle. A partir de 15 ans, on ne prend pas assez de monde et beaucoup d'adolescents sont laissés sur le carreau. Certains sont talentueux. Ils devraient être mieux entourés dans les clubs.» Ils peuvent désormais s'appuyer sur l'ex-championne. «On skie dans les bosses, pour leur apprendre à être souples. Lorsque je vois nos sélections nationales, je les trouve techniquement au point, mais tellement tristes! Cela manque de cette folie qui anime les skieurs italiens en ce moment, par exemple.»

L'heure de vérité, pour les sportifs et les dirigeants du ski suisse, sonnera vendredi avec la première des deux descentes de Chamonix. En géant, l'excuse concernant la porosité des tenues de marque Descente ne tient pas. C'est lors de cette épreuve de vitesse que l'on saura si la décision de revêtir les combinaisons de la saison passée fait sens. En cas de bon résultat, les skieurs pourront dire qu'ils ont eu raison de déclencher cette polémique. En cas de nouvelle déroute, la tragi-comédie se prolongera. Et les dirigeants passeront alors une très mauvaise fin d'hiver. Le prochain cauchemar serait programmé le 17 janvier, date de la descente de Wengen, sur la mythique piste du Lauberhorn.