Bières, saucisses et ambiance de kermesse survoltée… Dans le grandiose stade olympique de Munich, où l'on baptise les nouveaux champions d'Europe d'athlétisme à grands coups d'ovations, la foule des passionnés a fêté hier une nouvelle fois ses sportifs comme des rois. A commencer par les décathloniens, ces masochistes de l'effort arrivés au bout de leur concours de deux jours remporté par le Tchèque Roman Sebrle. Puis, comme tout ce qui porte les couleurs allemandes est bon à enflammer ce fabuleux public (près de 50 000 personnes hier soir, soit un stade quasi plein!), la nouvelle coqueluche germanique – un grand gaillard tranquille du nom d'Ingo Schultz – s'est offert le luxe de remporter le 400 m une année après avoir terminé surprenant deuxième des Mondiaux, sous un ciel enfin bleu. Du délire dans les gradins!

Trois mois à se soigner

Pendant ce temps, loin de cette effervescence, André Bucher (25 ans) continuait sa préparation dans le calme, avant son entrée en lice ce vendredi matin dans les éliminatoires du 800 m. Longtemps, le champion du monde lucernois a hésité à se déplacer en Bavière. Finalement, il est là, décontracté, volubile comme rarement, heureux de participer à un événement où somme toute il n'a pas grand-chose à perdre. Blessé au printemps (écrasement de l'astragale du pied gauche), il a connu la première grande période de repos forcé de sa carrière. Trois mois à devoir se soigner, à lutter pour revenir à niveau, à l'écart des projecteurs. Jusqu'à ce retour pénible au meeting de Monaco, il y a trois semaines, conclu à la dernière place d'un 800 m où, dit-il, «j'ai pu effectuer un test grandeur nature».

Depuis, Bucher a passé une semaine à s'entraîner à Saint-Moritz. Puis il a poursuivi son entraînement en plaine. Sans ressentir de douleurs au pied, ni le besoin de se faire encore soigner. «Aujourd'hui, je me sens bien. Mon niveau à l'entraînement est intéressant, j'ai envie de retrouver la compétition. Au fond, je n'avais pas de raisons de rester à la maison.»

Mais il sait aussi que les points d'interrogation sont nombreux, et que la donne a changé depuis les Mondiaux de l'année passée à Edmonton. Wilson Kipketer – le Danois d'origine kenyane, champion du monde en 1997 et 1999 et «favori numéro un» selon le Lucernois – a réussi un retour spectaculaire à la compétition, après avoir failli mourir de la malaria puis dû tirer un trait sur sa saison passée à cause d'une blessure de fatigue à un pied. Nils Schumann, le champion d'Europe en titre allemand (5e à Edmonton), et le Polonais Pawel Czapiewski (3e) brûlent d'envie de prendre leur revanche.

Et lui, André Bucher, l'ancien leader? Aura-t-il la résistance nécessaire pour aligner trois tours de compétition, avec une possible demi-finale samedi et la finale dimanche après-midi? Sera-t-il à même de mener ses courses aussi magistralement qu'il le faisait la saison passée, au cours de laquelle il n'a été battu qu'une fois sur 800 m? Pourra-t-il redonner le sourire à la maigre délégation suisse (dix athlètes) qui prend l'eau de toutes parts sous les orages munichois? «Franchement, je n'ai la réponse à aucune de ces questions, dit-il. Je sais juste que si je parviens à me qualifier pour la finale, alors tout sera possible.» Et il sourit. Simplement heureux d'être là.