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Andrea Pirlo dans le vestiaire de New York City, son dernier club.
© Noam Galai / Getty Images

Football

Andrea Pirlo, la classe à l’italienne

Le génial meneur de jeu a mis fin à sa carrière dimanche avec New York City en MLS. Jamais mieux que cinquième au Ballon d'or, il est pourtant l’un des joueurs les plus influents du XXIe siècle

C’est dans une sorte d’indifférence à peine polie que le football européen a pris note, lundi matin au réveil, du départ à la retraite d’Andrea Pirlo. Durant la nuit, là-bas en Amérique, son équipe du New York City FC a certes battu le Columbus Crew (2-0) en match retour de la demi-finale de la Conférence Est de la Ligue majeure (MLS), mais se retrouve éliminée sur l’ensemble des deux matches. Fin de saison pour New York City et fin de partie pour Pirlo, 38 ans, dont 22 passés sur les terrains.

Préretraite

Depuis deux ans, le bel Italien ne jouait plus tout à fait au football, seulement au soccer, ce qui équivaut dans l’esprit de beaucoup à une sorte de préretraite. Nous l’avions vu en live le 9 septembre dernier, un jour de finale dames à l’US Open. Défaite 0-1 au Yankee Stadium contre les Portland Timbers. Il manquait David Villa et Pirlo s’était retrouvé aussi démuni qu’un arc privé de flèche.

Face à un collectif regroupé, aucun bon appel pour armer l’une de ses passes par-dessus la défense, parfaitement dosées, déposées dans la course de l’attaquant, qui ont fait sa légende. Puisqu’il ne servait plus à rien, Patrick Vieira le remplaça à l’heure de jeu. Il rentra au vestiaire, qu’il avait quitté lorsque la presse fut autorisée à y accéder. A sa place, ne restaient qu’un maillot trempé de sueur sur une chaise et deux boules de bande élasto usagée sur la moquette. Reliques.

Parmi les joueurs les plus brillants

New York est un cimetière des éléphants. Pelé, Thierry Henry, Raúl y ont comme lui achevé une carrière qui n’était plus à faire et qui se prolongeait comme les feux d’un dernier soleil de novembre, encore lumineux mais déjà froid. Jusqu’au bout, Andrea Pirlo se sera tenu à l’écart de l’agitation et à distance de l’écume.

L’un des joueurs les plus brillants et les plus influents de ces vingt dernières années n’a jamais été mieux classé que cinquième au Ballon d'or. On lui préféra Fabio Cannavaro en 2006 lorsque l’Italie gagna la Coupe du monde et Kaká en 2007 lorsque Milan se vengea de Liverpool en finale de la Ligue des champions. Et Messi et Cristiano Ronaldo toutes les autres années.

Avec Baggio à Brescia

Lancé en Serie A à 16 ans, en mai 1995 avec Brescia, le petit prince connaît des débuts difficiles. L’Inter l’achète à 18 ans, à une époque où l’Inter achète tout le monde. Il retourne à Brescia (où il côtoie Baggio), est prêté à la Reggina et est finalement cédé en 2001 à l’AC Milan. Là, sa carrière bascule lorsque Carlo Ancelotti le repositionne devant la défense.

En numéro 10 derrière ses attaquants, Pirlo manque de puissance et de vitesse. Et puis, il marque assez peu. Replacé près du rond central, il rayonne. Sa vision du jeu laser et ses longues passes au millimètre en font une sorte de quarterback, un stratège. Ses diagonales lui valent le surnom d'«Architecte»; son sens du tempo, ni trop vite, ni trop lent, celui de «Métronome». Le Barça a Xavi et Iniesta, Milan a Pirlo, qui couvre le registre offensif des deux Catalans (la partie défensive est sous-traitée à Gennaro Gattuso).

La clé des balles arrêtées

Avec Pirlo, le poste de numéro 10, qui avait déjà muté en «9 et demi» avec Roberto Baggio et Alessandro Del Piero, perd définitivement de son importance. La responsabilité du jeu revient au meneur replié, que les Italiens connaissent déjà et qu’ils appellent «regista» (le régisseur, au sens théâtral du terme).

Andrea Pirlo va apporter sa contribution à une seconde évolution majeure du football de son époque: la frappe de balle sur coup franc. Avec les nouveaux ballons, la technique classique est inopérante. Seul le Brésilien Juninho, à Lyon, parvient à dompter ces trajectoires improbables. Andrea Pirlo l’observe, s’entraîne pendant des semaines et finit par trouver la clé. «Ce n’est pas où la balle est frappée qui importe, mais comment. Juninho frappe la balle avec trois de ses orteils, pas tout son pied comme on peut le croire. Il maintient son pied le plus droit possible, puis le relâche d’un coup sec. Cela donne une trajectoire imprévisible au ballon», explique-t-il en 2014 dans son autobiographie.

En finale de la Ligue des champions à 36 ans

Il semble avoir tout donné en 2011, au sortir d’une saison où le nouvel entraîneur de Milan, Massimiliano Allegri, lui a bien fait comprendre qu’à 32 ans, même en «regista», il commençait à être trop lent. Le meilleur est pourtant à venir. Pirlo signe à la Juventus, gagne quatre «Scudetti» (écussons de champion d’Italie) en quatre saisons et est élu trois fois consécutivement (2012, 2013, 2014) meilleur joueur du Calcio.

A 36 ans, il est en finale de la Ligue des champions 2015 (défaite 3-1 contre le Barça) et dans l’équipe type européenne de la saison. Il peut s’en aller serein à New York: il a démontré que le football se joue avec la tête autant qu’avec les pieds et que c’est le ballon qui doit aller vite, pas le joueur. Le titre de son autobiographie? Je pense donc je joue.

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