A 61 (-9), Andrés Romero a posté le meilleur score de sa carrière et de la journée de vendredi à l’Omega European Masters, disputée devant 16 800 spectateurs – record absolu sur un jour. L’Argentin a produit un enchaînement digne de sa folle chevauchée au British Open 2007, qui fut l’une des parties les plus excitantes et les plus déchirantes de l’histoire récente du golf.

C’est au trou numéro 6, par 4 de 296 mètres bordé d’arbres que le déclic s’est produit pour Andrés Romero, vendredi sur le parcours de Crans-sur-Sierre. «La clé a été le fer 2 que j’ai tapé au départ de ce trou. Je me suis retrouvé à l’entrée du green et j’ai rentré le chip pour eagle. A partir de là, j’ai senti que c’était ma journée», explique au Temps l’actuel 168e de la Race to Dubai, le classement annuel du Tour européen. Une journée marquée par huit birdies et un eagle, pour un bogey.

Rester tranquille

Pour le week-end, prévoit-il d’attaquer à nouveau? Pas du tout: «Ma tactique sera de rester calme, j’ai la chance d’avoir l’expérience de gagner de gros tournois. Je sais que l’essentiel est de gérer la pression et de rester le plus tranquille possible pour arriver au bout», poursuit le droitier de 38 ans, qui se trouve être sponsorisé par une banque privée genevoise.

Pourtant, l’Argentin est connu pour son panache et son jeu offensif. Sa philosophie de vie: «Todo o nada» – tout ou rien, résumait-il à Sports Illustrated en 2008. L’année précédente, son étourdissante performance au dernier tour du British Open l’avait porté tout en haut du leaderboard, avec deux coups d’avance au départ du 17. Parti avec sept coups de retard sur le leader après trois tours Sergio Garcia, Romero posta dix birdies en 16 trous, mettant à genoux le parcours surnommé Carnasty – nasty signifiant méchant. «Je me sentais en contrôle, car je tapais la balle tellement bien, chaque coup faisait exactement ce que je voulais», se souviendra par la suite Romero.

Conte de fées

Le golf tenait son conte de fées. Andrés Romero avait grandi dans une famille pauvre et un appartement de deux pièces pour ses dix membres. Ayant survécu à une inflammation d’un rein à l’âge de 9 ans, il devient caddy dans un club local, puis professionnel de golf à 16 ans, financé par des membres du club et des emprunts à 30 jours. Des temps difficiles: «Je devais bien jouer pour rembourser les membres. Parfois, je me couchais tôt, car je n’avais pas de quoi m’acheter à manger.»

Puis, le 22 juillet 2007, en sortant du green du 16, le Sud-Américain de 26 ans avait deux coups d’avance et une main sur la Claret Jug, le trophée du British Open. «Puis, bien sûr, le 17 est arrivé.» Ayant trouvé un bunker avec son tee shot, Romero joua le green avec son fer 2, plutôt que de se recentrer, la balle étant enfoncée. «Je n’ai jamais pensé à jouer la sécurité», déclara-t-il après la partie.

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Son coup ne trouva pas la rivière qui garde le green, mais ricocha sur le sommet du mur en pierre qui encadre l’eau. Pour terminer hors limite. Il trouva le green avec son coup suivant, un bois 3, et conclut par deux putts, pour un double bogey qui le plaçait à deux coups du leader, Padraig Harrington.

Le redoutable 18 pouvait encore inverser le cours des choses. Harrington trouva deux fois l’eau, pour finir sa partie par un double bogey et un score de 7. Sergio Garcia, après avoir eu un putt pour la victoire, rejoignit (et perdit contre) l’Irlandais en play off. Un play off qu’Andrés Romero rata pour un coup. La pression l’avait atteint, reconnut-il plus tard.

Fardeau

Il remporta sa première grande victoire la semaine suivante, le Deutsche Bank, puis termina 6e sur le Tour américain la semaine d’après. Elu rookie de l’année, il entra dans une période de doute, tombant au 837e rang du classement mondial. Jusqu’en 2017 et sa victoire au BMW International.

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Depuis 2007, Romero porte le fardeau de son quasi-exploit à Carnoustie. «Tout le monde me parle de ce que j’ai fait ce jour-là», déclarait-il à Golf Digest en 2018. Lui faisant revivre son pire cauchemar à chaque fois. «Je l’avais. Je sais que je devrais être un vainqueur du British Open.»

Deuxième à un coup du leader Gavin Green et à égalité avec Rory McIlroy, Andrés Romero a l’occasion ce week-end de panser sa plaie en devenant dimanche le champion de l’Omega Masters.