Dans ses penchants inavouables, Andy Murray préfère le chambard de New York au recueillement du cloître Wimbledon où, de surcroît, les exégètes britanniques le jugent sévèrement, en dépositaires du flegme sacro-saint. «Mon objectif n'est pas de bien figurer, répète l'Ecossais. Je veux remporter l'US Open. Je serais vraiment déçu de ne pas y parvenir.» En une année et demie, le prodige a acquis une certaine robustesse - et aboli le poulet au curry avant les matches. Il a choisi Saddlebrook, haut lieu de la souffrance sollicitée, équivalent tennistique du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. «J'aligne les séries de 400 m sur la piste et les séances en salle de force. Quand je joue, je me dis que tous ces efforts seraient une perte de temps si je ne les traduisais pas en progrès et en victoires.»

Il fut à deux points de l'élimination contre Jürgen Melzer. Il batailla quatre heures pour évincer Juan Martin Del Potro, son ennemi d'enfance, invaincu depuis vingt-trois rencontres. A la fin, il brandit son biceps gauche bouffi d'orgueil, tel Popeye, «pour montrer que je suis devenu fort». Restera surtout une incroyable vitalité intellectuelle, où le bras devient le prolongement de l'idée, de l'habileté manœuvrière, dans ce qu'elle a de plus empirique. Andy Murray possède un sens inné de l'embuscade et du chaos organisé. Son jeu mixe des combinaisons infinies de longueurs, de rythmes, d'effets et d'angles. «Aucune balle ne ressemble à une autre», observe Jim Courier, contemplatif.

Le retour de service est le meilleur du circuit. La personnalité est brave, opiniâtre, voire écorchée. En 2009, si son corps supporte les charges de travail, «Angry» Murray atteindra son objectif: rivaliser avec le duo Nadal-Federer.