Tennis

Andy Murray, toujours sur un fil d'Ecosse

Le numéro un mondial a peiné pour écarter le fantasque Martin Klizan au deuxième tour (6-7 6-2 6-2 7-6). Son prochain match, contre l'Argentin Juan Martín del Potro promet, si les deux joueurs sont en forme

Du point de vue des organisateurs, ce Roland-Garros 2017 se déroule à merveille. Pas de pluie, pas de grève, du soleil: un Paris au mois de mai (et juin désormais) comme on en rêve. Certes, les spectateurs entrent lentement dans le stade (à cause des fouilles) et les joueurs français sortent vite du tableau (à cause des adversaires) mais on s’habitue. Seul problème, on s’ennuie un peu.

Après deux tours complets (96 rencontres tout de même), aucun match n’a encore marqué les esprits. C’est un peu la faute de la formule (les 32 meilleurs joueurs ne peuvent pas s’affronter avant les seizièmes de finale), mais pas que. A Melbourne, l’Open d’Australie avait déjà donné quelques grands matchs et livré quelques surprises. Ce n’est pas le cas aux Internationaux de France, où tous les favoris ont vaincu sans péril, et donc triomphé sans beaucoup de gloire.

Andy Murray en mal de confiance

C’est donc d’un œil intéressé que l’on lorgnait jeudi après-midi le Suzanne-Lenglen. Andy Murray y affrontait le Slovaque Martin Klizan (50e joueur mondial) et il y avait quelques risques (chances?) que le numéro un mondial n’en ressorte pas indemne. Klizan est ce genre de joueur qui donne la désagréable sensation de jouer tout seul. Qu’il lâche un passing gagnant sans préavis, accumule les amortis comme s’il cherchait à provoquer un claquage musculaire ou arrose les bâches de ses smashs approximatifs, il n’a besoin de personne.

Cela pouvait déstabiliser un Andy Murray en mal de confiance depuis le début de l’année. Eliminé rapidement à Melbourne, blessé au coude lors de la tournée américaine, atteint par un virus au début de la saison sur terre battue, l’Ecossais a certes gagné le tournoi de Dubaï et préservé sa place de numéro un mondial. Non sans ironie, il expliquait au Temps en avril à Monte-Carlo qu’accéder au sommet lui semblait beaucoup plus difficile que de s’y maintenir. Le fait est, il n’a jamais pu enchaîner pour se mettre dans le rythme de la saison 2017.

Les derniers mois n’ont pas été bons, je n’ai pas bien joué, j’ai eu des petits soucis. Je suis dans le dur mais je vais surmonter ça

Au tour précédent, Martin Klizan avait fait dégoupiller le Français Laurent Lokoli par une absence totale de self-control qui confinait à l’arnaque. Klizan s’était tour à tour montré énervé, fatigué, excédé, blessé, mais avait fini par gagner. Ce genre de bonneteau mental ne prend pas avec un joueur de la trempe de Murray. Sir Andy a perdu un set, le premier, au tie-break (7-3), puis a patiemment attendu que le Slovaque retourne ses armes contre lui-même (57 coups gagnants mais surtout 67 fautes directes) pour conclure en quatre manches (6-7 6-2 6-2 7-6).

Murray, pas très bon au service, pas encore très en jambes (il se remet d’un refroidissement) a prouvé qu’il va mieux qu’on veut bien le dire ou le penser. Son potentiel réel est cependant difficile à estimer. «Les derniers mois n’ont pas été bons, je n’ai pas bien joué, j’ai eu des petits soucis. Je suis dans le dur mais je vais surmonter ça, j’en suis même certain, expliquait-il en début de tournoi.» Il ajoutait même prendre cela du bon côté. «Plus je vais me frustrer, moins je vais m’en sortir…»

Au prochain tour, del Potro comme adversaire

Au prochain tour, Andy Murray affrontera samedi un autre grand résilient, Juan Martín del Potro, qui a trouvé la force de revenir de trois opérations au poignet et, jeudi sur le court N°2, les mots pour réconforter Nicolas Almagro, contraint à l’abandon (blessure au genou) à 6-3 3-6 1-1. Les amateurs de tennis n’ont pas oublié que les deux del Potro-Murray disputés en 2016 – finale des Jeux olympiques de Rio (remportée par Murray) et demi-finale de la Coupe Davis (victoire de del Potro) furent deux matchs d’anthologie.

Peut-être enfin le grand moment que Roland-Garros attend. «Ça peut-être une grande bataille si je me sens bien», prévient l’Argentin, qui craint de ne pas être encore assez fort physiquement pour tenir le rythme et, parfois, sa raquette à deux mains en revers. «C’est l’un des meilleurs joueurs du monde lorsqu’il est en bonne santé et en pleine forme», confirme Murray. Tout est dans la conjonction: les données du match, son issue, l’intérêt du tournoi. Sinon, il faudra encore attendre, peut-être jusqu’à Stan Wawrinka en demi-finale.


Solide comme Wawrinka

Deux tours de chauffe, c’est le temps qu’il faut généralement à Stan Wawrinka pour bien rentrer dans un tournoi. C’est chose faite: jeudi, le Vaudois est sorti sans encombre de cette phase de rodage où il est paradoxalement le plus prenable en dominant l’Ukrainien Alexandr Dolgopolov 6-4 7-6 7-5 en 2h34 d’un tennis appliqué.

Avoir gagné à Genève m’a permis d’arriver ici en confiance, et la confiance fait que je joue bien les points importants

Parfois mis en difficulté par un adversaire au jeu imprévisible, Wawrinka a serré la garde et forcé la décision à chaque fin de sets, dans ce money time où les grands joueurs font la différence par rapport aux bons joueurs. «D’avoir gagné à Genève m’a permis d’arriver ici en confiance, et la confiance fait que je joue bien les points importants, expliquait le numéro 3 mondial en conférence de presse. J’aurais préféré gagner 6-1 6-1 6-1 mais il faut savoir accepter de se faire breaker quand l’adversaire est bon. Le niveau était déjà très élevé pour un deuxième tour. Jusqu’ici, tout se passe bien. Ça ne garantit rien pour la suite mais c’est positif.»

L’obstacle Fognini

Comme d’habitude, on parle peu du seul Suisse en lice à Paris. «Ça ne me gêne pas, ç’a toujours été un peu comme ça, assure Stan Wawrinka. Ce qui compte, c’est d’être encore là en fin de tournoi. A ce moment-là, les gens sont obligés de parler de vous.» Avant cela, il faudra passer l’obstacle Fognini, 29e mondial, bon joueur de terre battue, personnage parfois surprenant sur le court. «Encore un match difficile», prévient-il.

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