CYCLISME

Andy Rihs, l'homme qui y croit toujours

L'ancien patron de Phonak s'investit dans une nouvelle équipe: BMC Racing Team.

Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, a-t-on coutume de dire. Andy Rihs, quant à lui, a un faible pour le comique de répétition. Après avoir dirigé la formation Phonak, référence pharmaceutique du peloton jusqu'à sa dissolution en 2006, après s'être associé au projet Astana, équipée kazakhe mitonnée au sang trouble, l'entrepreneur ès appareils auditifs se repique au grand jeu de la petite reine. C'est via la firme de cycles dont il est propriétaire depuis sept ans, BMC, que le Bernois s'investit dans le cadre d'une formation Continental Pro, la deuxième division de la bicyclette.

BMC Racing Team, formation de souche californienne dont les contours ont été dévoilés hier dans les coulisses du Stade de Suisse, a tout pour plaire sur le papier: «jeune, clean et fun» selon ses dirigeants. Avant de juger les résultats sur pièce, tant sur le plan sanitaire que sportif, écoutons les jolis discours. Gavin Chilcott, ancien coureur professionnel devenu manager, parle d'éthique: «Nous sommes en train de mettre sur pied un nouvel exemple, de créer quelque chose avec une vision différente. Nous ne représentons pas nos sponsors, mais le cyclisme comme un ensemble. Nous croyons au futur de ce sport et la meilleure façon de construire une équipe, c'est de le faire proprement, honnêtement et sainement.»

«Gagner des courses n'est pas notre priorité»

Roche Maier, patron d'ASSOS, équipementier partenaire, amène soudain le débat dans des dimensions insoupçonnées: «Le vélo est l'une des rares inventions humaines qui ne cause pas de dommage à l'homme.» Andreas Georgiadis, cadre au sein de l'organigramme, fixe ses objectifs: «Gagner des courses n'est pas notre priorité. Nous voulons mettre nos produits en valeur.» Andy Rihs, tout feu, tout flamme: «BMC Racing n'est pas une équipe de stars construite pour gagner le Tour de France, mais pour montrer aux gens à quel point le vélo peut être beau. Bien sûr, ces dernières années ont été difficiles. Mais aux Etats-Unis, le vélo est devenu une disci-pline extrêmement populaire et fashion. Il rime avec qualité de vie, plaisir et bonne santé.»

A l'image de Phonak, qui a abondamment dopé ses ventes outre-Atlantique grâce à la vitrine du cyclisme professionnel, BMC s'apprête à grignoter du terrain sur un marché qu'il occupe déjà bien. «Nous sommes implantés dans vingt-huit pays et tous les gens qui envisagent le vélo comme un mode de vie doivent pouvoir s'identifier à nos produits», reprend Andreas Georgiadis. «En un sens, l'équipe pro roulera pour nos clients.»

Le groupe, riche de seize coureurs - onze Américains, quatre Suisses et un Sud-Africain -, doit garder visage humain, fonctionner comme une famille. Sur la route, le credo véhiculé par le manager John Lelangue, un ancien de Phonak, devra se matérialiser par un esprit offensif. L'absence de leader tout-puissant est censée retirer une certaine pression à l'équipe tout en donnant l'occasion à chacun de briller.

Outre le vétéran valaisan Alexandre Moos, 36 ans, les espoirs Danilo Wyss, Martin Kohler et Steve Bovay complètent le contingent helvétique. «Fin 2006, j'ai sérieusement pensé à raccrocher pour reprendre mes études», témoigne ce dernier. «Par bonheur, j'ai continué et la générosité d'Andy Rihs m'a permis de devenir professionnel. C'est vraiment génial de pouvoir évoluer dans une telle structure.»

Une structure qui, selon le directeur du Tour de Romandie Richard Chassot, pourrait faire du bien à une discipline quelque peu sinistrée en Suisse: «C'est ce qu'on attendait tous! Bien qu'américaine, cette équipe peut vraiment jouer un rôle intéressant pour le cyclisme helvétique. Il faudra voir comment les coureurs sont utilisés mais en soi, le simple fait d'intégrer cette structure peut déjà constituer un objectif pour les jeunes talents. Avant, entre Phonak qui représentait souvent un trop gros palier et des équipes un peu bout de bois, il n'y avait rien, aucune perspective.»

Le mot de la fin à Andy Rihs, l'homme qui y croit toujours: «J'ai bien sûr été déçu par le cyclisme. Mais tout arrêter, ce serait punir des jeunes prêts à progresser proprement.»

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