Le Temps: A dix jours du Tour de France, où en êtes-vous?

Andy Schleck: Je suis là où je voulais être. Je ne voulais pas être à 100% maintenant.

– A Liège - Bastogne - Liège, vous avez écrasé la concurrence. Etiez-vous impatient de gagner?

– Il était temps. C’est ma cinquième année pro. J’avais envie de remporter Liège, car c’est une course mythique. C’est la plus belle. La plus dure.

– Les observateurs voient en vous un talent hors norme…

– Tout le monde dit cela. Mais c’est moi qui dois aller m’entraîner, qui dois faire les courses, et qui ai mal aux jambes. Tous les jeunes coureurs ont du talent. Certains en ont plus, d’autres un peu moins. Après, il faut travailler minutieusement.

– La pression semble vous amuser…

– Ça me motive. J’entends d’autres coureurs qui ne dorment pas la nuit, car ils ont peur de n’être pas bien. Moi, je n’ai pas peur. Il se peut que je ne sois pas bien, mais je donne mon maximum, et si ça ne suffit pas, c’est comme cela. Peut-être faut-il attendre une année, ou peut-être que la victoire ne vient jamais. Je ne redoute pas l’échec. Au Tour, mentalement et physiquement, je serai en bonne forme, j’espère à 110%. Si je donne tout, je serai devant. Avec ou sans la pression.

– Comment gérez-vous votre entraînement?

– J’essaie de rester toujours bien dans la tête. Si je sens que j’ai besoin d’un jour de repos, je vais à la pêche et je ne m’embête pas avec les petits trucs du cyclisme. Un de mes avantages, c’est que je pense connaître très bien mon corps. Et quant à la tête, je sens quand j’ai besoin d’autre chose que de m’entraîner. Au début, tout le monde m’a dit: il faut que tu trouves ton chemin. Je l’ai trouvé.

– Qu’entendez-vous par «les petits trucs du cyclisme»?

– Quand les autres coureurs ont un jour de repos, ils roulent une heure, et prennent un café. Et ça, moi, je ne le comprends pas. Si tu travailles, tu ne vas pas aller une heure au bureau pour boire un café, non? D’autres disent: je lave mon vélo. Mais non! Le jour de repos, tu fais autre chose. Tu vas te promener!

– Vous profitez de la vie…

– Oui. Le cyclisme, c’est ma passion, c’est mon job. Mais ce n’est pas ma vie.

– C’est quoi, la vie?

– C’est moi Andy, à la maison. J’aime beaucoup ma famille. Sans elle, je ne serais pas là où j’en suis. Je suis un garçon qui garde les pieds sur terre. Je n’ai pas besoin d’une voiture, ou d’une Ferrari. J’aimerais bien réussir ma vie, aussi, quand j’aurai quitté le cyclisme. Avoir une famille et tout cela. Et je veux toujours faire ce qui me passionne.