Tennis

Angelique Kerber, Sisyphe impératrice

L'Allemande retrouve samedi l'Américaine Serena Williams en finale du simple dames de Wimbledon, après un passage à vide d'un an

La finale du simple dames de Wimbledon opposera samedi l’Allemande Angelique Kerber à l’Américaine Serena Williams. Alors que les quarts de finale messieurs avaient donné lieu la veille à d’intenses batailles en cinq sets de plus de quatre heures chacune (match d’anthologie entre Rafael Nadal et Juan Martin del Potro achevé au crépuscule), les demi-finales dames de la journée de jeudi n’ont offert aucun suspense et ont été réglées en 2h18 de jeu au total: 1h08 pour Kerber, vainqueur de la Lettone Jelena Ostapenko 6-3 6-3, 1h10 pour Williams pour se défaire de l’Allemande Julia Görges (6-2 6-4).

Marqué par une élimination précoce des favorites (aucune joueuse du top 10 présente en quarts de finale), le tableau féminin hérite tout de même d’une finale très intéressante, que l’on peut espérer indécise, entre deux revenantes. Angelique Kerber-Serena Williams, c’était déjà l’affiche de la finale de Wimbledon en 2016, remportée par l’Américaine. Les deux femmes étaient alors numéros 1 et 2 mondiales. Kerber a remporté ensuite l’US Open 2016, Serena Williams l’Open d’Australie 2017, et puis plus rien.

Un style très usant

La Californienne revient cette année après une longue absence pour cause de maternité, qui lui vaut d’être classée 181e mondiale aujourd’hui. Si la cadette de Venus est habituée aux éclipses, partir puis revenir ne semble dépendre chez elle que de son bon vouloir. Ce n’est de loin pas le cas pour Angelique Kerber, habituée des parcours tortueux, intime des trajectoires accidentées. Son CV comporte moins de gouffres et de sommets, plus de collines et de petites dépressions. Elle aussi semblait être ailleurs en 2017.

Elle était pourtant bien sur le circuit, avec son revers à deux mains et son jeu de jambes infatigable. Un style très usant, pour ses adversaires mais aussi pour elle, qui a provoqué une sorte de burn-out. Elle n’a pas écouté sa voix intérieure qui lui disait de se reposer. Elle a continué, insisté, forcé, parce que chez elle, rien n’est jamais venu sans labeur ni sueur. N’était-elle pas restée scotchée des années à la dixième place du classement mondial avant de décoller en 2016? 

Rien n’y a fait et, numéro 1 mondiale jusqu’au 15 mai 2017, elle a entamé la saison 2018 au 22e rang WTA. Cette déchéance (relative) a provoqué chez elle le besoin de travailler avec un nouvel entraîneur, le Belge Wim Fissette. Celui-ci lui a fait comprendre que son jeu uniquement défensif, attentiste, ne suffisait plus et que Rafael Nadal, auquel elle est parfois comparée pour sa combativité et sa débauche d’énergie, avait su devenir un joueur plus complet, plus agressif. Le duo s’est promis de revenir rapidement dans le top 10 et de gagner au moins un titre du Grand Chelem en 2018. Ce double objectif a failli se réaliser dès janvier à Melbourne (deux balles de match en demi-finale face à Simona Halep).

«Fière d’être de retour en finale»

Halep était encore sur sa route à Roland-Garros, en quart de finale cette fois. A Wimbledon, Angelique Kerber n’a pas eu la partie facile face à Belinda Bencic en huitième de finale, puis Daria Kasatkina en quart. Jelena Ostapenko, qui a commis des fautes directes sur toutes les balles de break et la balle de match, a eu la bonne grâce de se saborder toute seule. Un peu de répit pour l’Allemande avant ses retrouvailles avec Serena Williams.

«Je suis vraiment fière d’être de retour en finale de Wimbledon, a-t-elle souligné d’abord, avant de parler du match. Ce sera dur parce qu’elle connaît le parfum des grands événements. C’est une combattante et je ne sais même pas combien de fois elle a gagné ici.» Sept fois. Mais peut-être pas cette fois.

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