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Le public anglais s’est déjà amouraché de ces jeunes talents qui apportent à la Football Association ses premiers titres mondiaux depuis 1966.
© Saikat Paul/Pacific Press/LightRocket via Getty Images

Football

En Angleterre, de jeunes stars en quête de premiers rôles

Longtemps moquée pour sa formation, l’Angleterre domine désormais les compétitions de jeunes. Tout le pays rêve d’une génération dorée, mais les places sont chères en Premier League

Ces cinq derniers mois, les diverses équipes de jeunes représentant l’Angleterre ont remporté plus de titres que durant les vingt-cinq dernières années.

Revanche sur l'Espagne

Tout commence pourtant par une défaite aux tirs au but (un vieux traumatisme), en finale de l’Euro M17 le 19 mai contre l’Espagne. Le 10 juin, l’équipe M20 remporte le Tournoi de Toulon, dont elle était tenante du titre. Le lendemain, en Corée du Sud, les M20 deviennent champions du monde pour la première fois en dominant le Venezuela (1-0). Le 15 juillet, en Géorgie, les M19 battent le Portugal (2-1) en finale du Championnat d’Europe. C’est leur dixième titre dans cette catégorie mais le premier depuis 1993. Enfin, le samedi 28 octobre, les M17 prennent une éclatante revanche sur l’Espagne (5-2) en finale de la Coupe du monde, à laquelle les Anglais accédaient pour la première fois.

Selon le calcul du Guardian, les sélections anglaises n’ont, durant cette période enchantée, perdu que deux de leurs 34 matches officiels: la finale de l’Euro M19 contre l’Espagne et la demi-finale de l’Euro M21 contre l’Allemagne. A chaque fois aux tirs au but.

La dynamique de la victoire

Ces excellents résultats ont été salués par les entraîneurs étrangers de la Premier League. «Le football en Angleterre se développe et progresse beaucoup, estime Antonio Conte, l’entraîneur italien de Chelsea. Je suis sûr qu’à l’avenir, l’équipe nationale, la première équipe, sera très dure à battre. J’ai été sélectionneur de l’équipe d’Italie et je peux vous dire que quand vous sentez une telle vague derrière vous, cela vous porte.»

A Manchester City, Pep Guardiola a insisté sur le fait que «les jeunes Anglais ont maintenant l’expérience de la victoire. Ils savent qu’ils pourront reproduire cela plus tard. En Espagne, nous perdions toujours en quart de finale, en demi-finale, et puis quand nous avons commencé à gagner, nous n’avons plus cessé de gagner.»

Le public anglais s’est déjà amouraché de ces jeunes talents qui apportent à la Football Association ses premiers titres mondiaux depuis 1966. Tout le pays connaît les noms de Jadon Sancho (formé à City mais parti cet été à Dortmund), Phil Foden (couvé par Pep Guardiola à City), les frères Ryan et Steven Sessegnon (tous deux à Fulham), Joel Latibeaudiere (City) ou Rhian Brewster (Liverpool).

Le pari de la jeunesse

Chelsea et Manchester City ont de nombreux joueurs dans ces sélections. «Cela prouve que nos académies travaillent bien», a encore relevé Antonio Conte. Assez bien pour amener ces jeunes jusqu’à l’équipe première? C’est là toute la question.

Le week-end où l’Angleterre devenait championne du monde M17, seuls 66 des 198 titulaires sur les terrains de Premier League étaient éligibles pour la sélection dirigée par Gareth Southgate. La ligue anglaise est devenue une NBA du football, qui attire les meilleurs joueurs du monde, sans distinction d’âge, de race ou de nationalité. Pas facile pour les jeunes de s’y frayer un chemin.

Des 21 champions du monde M17, seuls six ont déjà joué une minute avec des adultes. C’est presque beaucoup. En moyenne, sur les cinq dernières saisons de Premier League, les joueurs de moins de 20 ans ne grappillent que 1,1% du temps de jeu total. Selon les mêmes sources statistiques, seuls six clubs osent vraiment le pari de la jeunesse: Manchester United, Arsenal, Everton, Tottenham, Liverpool et Southampton (considéré comme le meilleur club formateur du pays).

La quête du top niveau mondial

Ils le font parfois avec un empressement contre-productif. Raheem Sterling (22 ans, Manchester City), Luke Shaw (22 ans, Manchester United), Alex Oxlade-Chamberlain (24 ans, Liverpool), Jack Wilshere (25 ans, Arsenal), Danny Welbeck (26 ans, Arsenal), Theo Walcott (28 ans, Arsenal) ont tous débuté à 16 ou 17 ans en Premier League. Tous sont de très bons joueurs, tous sont même internationaux anglais, mais aucun n’a encore atteint le top niveau mondial. Marcus Rashford (19 ans, Manchester United) et plus encore Dele Alli (21 ans, Tottenham), à la progression plus sage, franchiront peut-être le cap.

Le tir groupé des sélections anglaises s’explique par le travail de fond entamé depuis des années par les clubs de Premier League pour repenser leur formation. La manne des droits télé a aussi servi à investir massivement dans les académies. A Manchester, Londres ou Liverpool, les équipes de jeunes disposent des mêmes conditions d’entraînement et d’encadrement que les professionnels et leurs entraîneurs sont souvent mieux formés et plus diplômés que la moyenne des coaches britanniques.

Trop facile, trop tôt

Mais cet argent qui coule à flots est aussi un danger pour ces jeunes. «Le grand problème de la formation en Angleterre, c’est que la vie est beaucoup trop facile beaucoup trop tôt pour les jeunes espoirs, écrivait Stéphane Henchoz en septembre 2015 dans sa chronique au Temps. Sur le parking d’un match M18, vous pouvez compter l’alignement de Range Rover, Mercedes, BMW alors que ces gars n’ont souvent pas encore le permis. A 17 ou 18 ans, certains signent des contrats de quatre ou cinq ans à 300  000 ou 400 000 francs par saison alors qu’ils ont zéro match en Premier League, et parfois même zéro match en réserve!»

Edward Nketiah, 18 ans, compte, lui, deux bouts de match avec Arsenal. Dont un le 25 octobre en Coupe de la Ligue contre Norwich, où il a marqué deux buts et sauvé les Gunners de l’élimination. Cinq jours plus tard, ce jeune espoir, né après l’arrivée d’Arsène Wenger à Arsenal, a signé un nouveau contrat de cinq ans et vu son salaire passer de 17 000 à 60 000 euros par mois. Une augmentation de 252% qui ne l’aidera pas forcément à garder les pieds sur terre.

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