Elle n'a pas perdu le goût de la piste. Mais cette passion n'est plus vraiment réciproque depuis son arrivée chez les seniors, à la fin des années 90. Débauche d'énergie contre-productive, blessures à répétition, opérations délicates et difficultés personnelles ont sabordé cette tentative de transition. Qualifiée de «talent du siècle» dans ses années glorieuses chez les juniors, Anita Weyermann a rejoint les rangs de l'élite régionale. Elle écume à présent les courses sur route de moyenne envergure, monte sur le podium devant une autre revenante, Magali Di Marco-Messmer, sans regret apparent.

Devant les photos d'archives qui la montrent durant ses années fastes - de 1994 à 1998, où elle réalise notamment trois podiums aux championnats du monde et deux aux championnats d'Europe sur 1500 et 3000 m - elle ne témoigne aucune émotion, ne laisse transparaître aucune nostalgie. Elle a fait le deuil de cette page exceptionnelle de sa vie, s'est réconciliée avec son père qui fut aussi son entraîneur mal-aimé, a tiré des leçons sur elle-même et sa manière de fonctionner, jusqu'au-boutiste.

Aujourd'hui, son genou la chicane toujours un peu. C'est d'ailleurs l'unique chose qui la rembrunit, mais elle n'a pas enterré tous ses espoirs. A 29 ans, Anita Weyermann veut revenir. Même si elle ne présume pas trop de ses chances de qualification, elle rêve de disputer ses troisièmes Jeux olympiques en 2008 à Pékin, après Atlanta et Sydney. En attendant, elle se prépare pour sa «course fétiche», l'Escalade, qu'elle a terminée sixième l'hiver dernier en étant blessée.

Le Temps: A quel point êtes-vous sérieuse quand vous dites que vous aimeriez disputer les JO de Pékin?

Anita Weyermann: Je dis toujours que c'est un rêve. Je pense aux Jeux depuis que je suis toute petite. Après les courses de fin d'année, je partirai en Australie pour suivre un camp d'entraînement dans le village olympique de Sydney. Là, on verra ce que je peux faire.

- Combien valez-vous actuellement sur 1500 m?

- Je peux espérer courir en 4'30'' mais, en ce moment, 1500 m c'est presque un peu court pour moi. Je n'ai pas encore commencé l'entraînement spécifique.

- Vers la fin des années 90, au moment de passer chez les seniors, vous n'avez pas réussi à concrétiser les espoirs que vous suscitiez en tant que junior. Beaucoup de gens n'ont pas compris pourquoi...

- Moi, je sais... (elle baisse les yeux). Pendant quelques années, j'ai eu des problèmes dans ma vie privée, dont je ne veux pas parler, et puis aussi des blessures qui ne m'ont laissé aucune chance de faire des résultats.

- Mais quel était le vrai problème?

- Peut-être que j'étais trop volontariste. Je voulais trop réussir, j'en faisais trop, ma vie n'était pas équilibrée. Avec le temps, j'ai appris que «moins» est parfois un «plus».

- Quels ont été vos problèmes de santé?

- Ma troisième opération a été une catastrophe. A un moment donné, je ne pouvais même plus descendre un escalier normalement, mais je courais quand même. J'estime qu'avec le genou que j'ai, je me suis déjà bien débrouillée. Depuis la dernière opération - enfin, la dernière grosse opération - ça va beaucoup mieux. Bien sûr, ce n'est plus comme un genou qui n'a jamais été opéré...

- Et votre dernière blessure?

- L'année passée, je me suis fracturé le ménisque. Le médecin m'a dit: si tu peux courir avec la douleur, vas-y, ça ne risque pas d'aggraver le problème, au pire tu devras abandonner. Alors j'ai couru avec ça. Mais pour moi, cette blessure-là, c'est une bagatelle (elle esquisse un sourire ironique).

- On a dit que si vous n'aviez pas percé chez les seniors, c'est parce que vous n'écoutiez pas les médecins...

- Ce n'est pas vrai. Si le médecin dit que je ne peux pas courir, je ne cours pas, et ça a toujours été comme ça. Mais bon, parfois il y a moyen de s'arranger: si on est blessé au pied, par exemple, on peut faire du vélo en n'utilisant qu'une seule pédale...

- On a dit aussi que vous aviez eu des problèmes relationnels avec votre père.

- Tout ça, c'est du passé. Ce qui était problématique, c'est qu'on était toujours ensemble, en compétition, à l'entraînement, à la maison. Tous les enfants ont besoin de s'émanciper. La presse a beaucoup exagéré les choses. Aujourd'hui, je pense que j'ai le meilleur père et la meilleure mère du monde.

- En 1998, alors que vous étiez en pleine gloire, vous avez dit que vous n'étiez pas faite pour une vie d'athlète professionnelle. Pourquoi?

- J'ai toujours dit que je ne pouvais pas me consacrer entièrement à la course à pied, parce que je suis trop ambitieuse... enfin, je ne sais pas si c'est le bon mot. Disons que ça m'absorbe trop, et on ne peut pas s'y consacrer toute la journée. Il faut que je puisse trouver un équilibre. En ce moment, je suis contente de faire des études en économie, parce que ça m'oblige à m'asseoir. Quand j'étudiais le sport, j'étais tout le temps en mouvement, c'était juste trop. Je ne sais pas si on peut appeler ça de l'hyperactivité. Il est très rare que je reste une demi-journée sans rien faire. Ne rien faire, ça ne me convient pas. Le matin, si je me lève à 8 heures, c'est déjà la grasse matinée!

- Vous avez arrêté vos études à l'Université de Berne?

- Oui, maintenant je suis des cours par correspondance à l'Université de Hagen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie). Je terminerai le bachelor dans une année. Ensuite, je déciderai de continuer ou non pour obtenir le master.

- Vous aurez 30 ans le 8 décembre. Pourquoi ne pas envisager de monter sur marathon, ou au moins sur demi-marathon?

- Je ne sais pas si je suis faite pour ça. Déjà, Morat-Fribourg (ndlr: 6eplace cette année), j'ai trouvé long. J'aime courir à bloc. Et on ne peut pas tout faire!