L'endroit a le funeste privilège de recenser le taux de suicide le plus élevé d'Europe. C'est à Tärnaby, une bourgade de 600 âmes blottie non loin du cercle polaire, antre du légendaire – et au demeurant fort peu jovial – Ingemar Stenmark qu'a grandi la pétulante Anja Paerson, septante-huit kilos de félicité l'état brut. Sa devise: «Se réjouir de chaque journée qui commence…»

Tout aussi à l'aise à la guitare, au piano ou à la batterie, la Suédoise est ce qu'il est coutume d'appeler une chique fille, charitable et fraternelle à l'envi. Toujours la première à sécher les larmes d'une rivale que, par inadvertance, elle aurait humiliée. Toujours la première à lancer une blague, un sourire, voire un avis de recherche – car la demoiselle est plutôt étourdie – dans le portillon de départ où, entre autres habitudes troublantes, elle se plaît à mordiller lascivement un biberon. Toujours la première, naturellement.

Quand elle déploie sa puissance avec un subtil dosage de concentration et d'agressivité, Anja Paerson est imbattable. Ne lui reste qu'à apprivoiser les disciplines de vitesse pour, à son corps défendant, entrer au panthéon du ski alpin, aux côtés de son idole Vreni Schneider et de son paradigme Ingemar Stenmark, ami de la famille. «Je ne veux pas penser aux titres de gloire, juste à la prochaine course», serine-t-elle gaiement.

Comme pour protéger jalousement sa souveraine insouciance, Anja Paerson a construit une garde prétorienne, une auréole autour d'elle. Son père est aussi son entraîneur, son serviceman son plus proche confident. Madeleine, sa mère, et Björn, son petit ami, l'accompagnent sur le circuit. Anja Paerson vit dans un cocon, auprès des siens. Mais elle a quitté le cercle polaire pour Monaco.