Portrait

Anne-Flore Marxer: «Dans le freeride, la gent féminine a toujours été mise de côté»

La snowboardeuse se fait réalisatrice le temps d’un superbe documentaire, présenté ce mardi 5 février à Zurich, pour rendre hommage à la détermination des femmes islandaises. Une force de caractère qu’elle aimerait voir s’étendre au monde entier

Elle parle de «galère» dans un énième éclat de rire, mais elle se corrige bien vite: «Non, c’est merveilleux ce qui m’arrive. Mais je suis toute seule à gérer, alors parfois ce n’est pas simple.» Anne-Flore Marxer mène une course contre le temps depuis le printemps dernier. Son film A Land Shaped By Women (un pays façonné par les femmes) a reçu 11 récompenses dans des festivals un peu partout dans le monde. Elle s’est promenée en Europe pour en assurer la promotion, puis en Islande pour de multiples diffusions dans les écoles et les cafés. Juste avant un succès inattendu mi-janvier au Grand Rex, la mythique salle parisienne, qui a dû doubler la capacité d’accueil initialement prévue pour répondre à la demande. Elle enchaîne les interviews, répète inlassablement son histoire. On craint que le coup de blues soit terrible une fois la pression retombée. «Ah non, j’ai vraiment besoin de couper. J’ai pris un seul jour de congé depuis mars dernier, et c’était le 25 décembre. J’ai travaillé sept jours sur sept, de 5 heures à 2 heures du matin. C’est beaucoup trop. J’ai besoin de redescendre et de comprendre ce qui vient de se passer», dit-elle.

Son film, donc. Le fruit de deux mois passés en Islande l’hiver dernier, à rouler et dormir dans un van avec sa copine Aline Bock et leurs planches de surf, de snowboard et de paddle. Anne-Flore Marxer voulait montrer de quoi les femmes étaient capables quand elles s’unissaient pour faire avancer leurs droits. Le choix du pays s’est imposé comme une évidence: voilà neuf ans que l’Islande trône en tête du classement de l’égalité des sexes établi par les Nations unies. Tout n’est pas parfait là-haut, mais les Islandaises ont toujours fait preuve d’une volonté hors du commun. C’est ce que nous racontent ses témoins: une avocate, une exploratrice, des collégiennes ou encore la magnétique Una Torfadottir et ses poèmes gavés de rage et de détermination. «Ces femmes sont toutes extraordinaires; elles m’ont épaté par leur état d’esprit. Il y a en Islande une culture féministe positive qui paraît normale à tout le monde. Un vrai contraste avec d’autres pays où plein d’idées péjoratives sont attachées au mot «féminisme». Là-bas, ils foncent. Chez nous, on va se poser trop de questions. Il faut arrêter de croire que les choses s’améliorent avec le temps. C’est toujours le résultat d’un combat», scande la jeune réalisatrice.