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Antoine Bellier, à Genève, en juin 2017.
© Nicolas Righetti/Lundi13

Tennis

Antoine Bellier, saison 3

Depuis trois saisons, «Le Temps» suit la carrière de ce jeune joueur genevois, actuel 709e à l’ATP. En 2017, pour la première fois, sa courbe de progression s’est arrêtée. Il a pourtant le sentiment de s’améliorer et d’avancer

Antoine a changé. Il a mûri, évolué. Le frêle adolescent poursuit sa mue, tant extérieure qu’intérieure. Plus de muscles, plus de réflexion, et déjà un certain recul. Le garçon timide cède toujours plus la place au jeune homme. De ce point de vue là, la troisième saison d’Antoine Bellier sur le circuit ATP est une réussite. C’est sportivement que cela coince.

Depuis 2015, Le Temps fait une fois par an le point sur la carrière de ce jeune joueur de tennis genevois qui s’est lancé au printemps 2014 dans l’aventure du professionnalisme. En 2017, pour la première fois, les résultats sont inférieurs aux attentes. La courbe de progression s’est arrêtée. Le classement le démontre: 1111e joueur mondial en juillet 2015, Antoine était 526e en juillet 2016, et même 503e en septembre dernier après sa finale au tournoi Future de Sion. Il est aujourd’hui 709e joueur mondial et 9e Suisse. «J’ai battu quelques joueurs mieux classés, mais je n’ai pas remporté de tournois Future ni gagné de match en Challenger», résume-t-il.

Digérer les défaites

Au terme de la saison 3, Antoine Bellier se retrouve face à cette contradiction: il progresse, il se développe, il vit des expériences riches pour sa compréhension du monde et du sport, mais cela ne se concrétise pas raquette en main. «A l’heure actuelle, mon discours est plus évolué que mes actes. Mon comportement sur le terrain est encore en retrait par rapport à ce que je sais devoir faire.» Il le reconnaît bien volontiers, car le propre du joueur de tennis, c’est qu’il ne peut pas se mentir. Ou alors pas longtemps. «C’est ma moins bonne saison, les chiffres parlent d’eux-mêmes», reconnaît-il, attablé à la terrasse du Country Club de Bellevue, où il se restaure après un entraînement matinal copieux. L’assiette est saine, les sodas et matières grasses bannis; ce n’est pas de ce côté-là que ça a péché. Alors où?

A l’entendre, et il n’y a pas de raison de ne pas le croire parce qu’à 20 ans Antoine s’exprime avec une maturité rare, c’est dans la tête. «J’ai progressé dans le jeu, dans la façon de m’entraîner et de soigner les moindres détails, mais sur le court, il m’a parfois manqué quelque chose. Ce qui me freine, c’est que j’oublie une victoire en une heure, mais que je peux mettre une semaine à digérer une défaite. C’est beaucoup trop, je ne peux pas me le permettre. Je trimballe des pensées négatives, j’ai moins de confiance en moi et pas suffisamment de marge sur mes adversaires pour gérer ça. Parce qu’il faut être réaliste: à ce niveau, tout le monde joue bien. La clé, c’est d’enchaîner les bons résultats dans les périodes favorables. Savoir surfer sur la bonne vague.»

Ce déclic, dont tous les joueurs en méforme parlent, existe-t-il vraiment? «Oui, mais il ne survient pas par hasard.» Certains l’attendent longtemps. Henri Laaksonen, troisième joueur suisse, frappe enfin à la porte du Top 100 à 25 ans. Chacun à son rythme, parce que la solution est toujours personnelle. «J’ai beaucoup réfléchi et toujours cherché une solution pour avancer. Le problème, que je pense avoir identifié, vient de moi, pas des autres.»

Les conseils de Federer

L’année n’a pas été que noire. Elle fut même éclairée par deux grands moments: le match de barrage de Coupe Davis contre l’Ouzbékistan, en septembre 2016 à Tachkent, où Bellier apporta à la Suisse le 5e point décisif; et la semaine entière passée en compagnie de Roger Federer en avril dernier à Dubaï. Antoine n’en parle pas de lui-même, parce que la Coupe Davis c’est loin et parce que «Roger» apprécie la discrétion des gens qui l’entourent. «Severin Lüthi a pensé que je pourrais faire l’affaire et que ce serait aussi intéressant pour moi. Ce qui est hallucinant avec Roger, c’est qu’avec le même geste, la même vitesse de bras, il peut sortir des coups très différents. En face, il faut être très concentré parce que tu es là pour lui donner un max de répondant.»

Très patriarcal avec les jeunes joueurs suisses, Roger Federer a glissé quelques conseils qu’Antoine préfère garder pour lui. «C’était très sympa de sa part, il n’était pas obligé de le faire. Mais encore une fois, ce qui importe, c’est ce que je fais moi de ces conseils.»

Alors que Wimbledon débute, Antoine Bellier reprend la compétition à Bourg-en-Bresse. C’est moins glamour, mais la réussite est à ce prix. «N’importe qui peut bien jouer un jour à Gstaad avec une wild card. Le vrai niveau d’un joueur se vérifie dans un petit tournoi, sans public, face à un inconnu. C’est là que l’on voit si le gars a envie, s’il s’accroche ou s’il balance.»

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