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Antoine Bellier, le 19 juillet, au Tennis-Club de Nyon.
© Valentin Flauraud pour Le Temps

Tennis

Antoine Bellier, saison 4

Depuis quatre ans, «Le Temps» suit la carrière professionnelle du jeune joueur genevois Antoine Bellier. Ces 12 derniers mois ont été riches en déceptions sportives, sentimentales et financières mais, en tennis, tout ce qui ne tue pas rend plus fort

Antoine Bellier s’attaque à un énorme plat de pâtes, dans l’anonymat d’un club-house groggy par la canicule estivale, après avoir tapé des balles avec Gaël Monfils. C’est l’heure du rendez-vous annuel avec Le Temps, qui a décidé en 2015 de le suivre au moins une fois l’an tout au long de sa carrière professionnelle. Toujours la même gentillesse, la même sincérité, le même plaisir à partager son expérience. En apparence, rien de nouveau sous le chaud soleil de juillet. Il semble apprécier autant que nous ces retrouvailles. «L’an dernier, je me souviens que je n’avais pas vu le temps filer entre la deuxième et la troisième saison, comme si quelques mois seulement s’étaient écoulés. Là, j’ai l’impression que notre dernier rendez-vous remonte à trois ou quatre ans.»

Derrière les sourires et la routine, il s’est passé beaucoup de choses dans la vie d’Antoine Bellier. Au contraire des années précédentes, le rendez-vous n’est plus donné au Country Club de Bellevue mais au TC Nyon. Ces douze derniers mois, le jeune homme (21 ans) a changé de club, changé d’entraîneur, changé de structures, s’est établi en Suède. Il a aussi changé de statut, à son corps défendant: le jeune espoir prometteur, passé rapidement de la 1111e place mondiale en juillet 2015 à la 503e en septembre 2016, a depuis rejoint la cohorte de ceux auxquels on croit moins et qui s’accrochent en solitaire.

Redescendu au 709e rang mondial (9e suisse) l’an dernier, Antoine n’a pas inversé la tendance au cours de cette quatrième saison professionnelle. «Je dois être 805», dit-il, n’accordant qu’un intérêt relatif au classement tout en reconnaissant que «c’est quand même la finalité». Le lundi 23 juillet, il était très exactement 813e mondial. Onzième joueur suisse, il n’est plus le mieux classé de son âge. Il totalise 22 points au classement ATP, un de plus que Marco Chiudinelli, qui a pris sa retraite en octobre dernier, deux de plus qu’Andy Murray, qui n’a joué que trois matchs depuis le 12 juillet 2017.

«C’est à la fois dur et motivant»

Mais deux victoires dans n’importe quel tournoi ATP 250 qui se fera une joie de lui offrir une invitation lorsqu’il sera en état de jouer, et Andy Murray doublera ses points. La remontée sera autrement plus difficile pour Antoine Bellier. Il revient juste d’un tournoi Challenger à La Haye, où il a perdu au troisième tour des qualifications, le dernier match avant l’entrée dans le tableau principal. «Je bats un Hollandais classé 630, puis un Français 560 et je perds contre un autre Hollandais, 420…» Rien de déshonorant, donc, mais au final: «Je rentre avec 0 point et zéro dollar. Si je m’étais qualifié, j’aurais gagné quelques points, 750 dollars et la prise en charge de mes frais. Le système est comme ça. C’est à la fois dur et motivant.»


Les précédents articles:

Antoine Bellier, saison 3

Antoine Bellier, saison 2

Dans la peau d’un numéro 1000 mondial


Il le savait depuis le début. Le vivre n’a pas altéré sa motivation. «Si tu lâches, c’est que cette vie n’était pas faite pour toi. Dans le circuit, certains abandonnent alors qu’ils sont peut-être à quelques mois du déclic qui les fera décoller. D’autres ne renoncent pas mais ne percent jamais… Je persiste à dire que je ne m’éterniserai pas si j’en suis toujours au même point à 24 ou 25 ans, mais je suis persuadé que je peux y arriver. De toute façon, la vie est difficile quoi que l’on fasse et j’ai toujours répété que cette aventure devait aussi être une expérience humaine.»

La vie, Antoine Bellier a l’impression de la connaître un peu plus depuis un an. Depuis janvier, il s’entraîne à Stockholm, au sein de l’académie Good to Great. Une première expérience loin de Genève, d’autant moins évidente qu’elle a coïncidé avec sa première relation sentimentale stable. «Cela a fait beaucoup de nouvelles choses d’un coup. Ce n’était d’abord pas évident à gérer, je faisais pas mal d’allers et retours, ça me pompait beaucoup d’énergie. Puis cette histoire s’est malheureusement terminée et cela m’a un peu tiré vers le bas. Pendant plusieurs mois, je n’avais plus totalement la tête au tennis, et comme les résultats n’étaient pas là…»

Je suis persuadé que je peux y arriver. De toute façon, la vie est difficile quoi que l’on fasse et j’ai toujours répété que cette aventure devait aussi être une expérience humaine.

Conséquence prévisible: quelques soutiens financiers se sont retirés. «Quand un sponsor appelle pour dire: «Désolé, mais l’an prochain on ne va pas te suivre», ça fait tout drôle. Je peux le comprendre mais, sur le coup, ça fait mal, surtout lorsqu’on a toujours connu une progression régulière. Depuis un an, je sens le regard des gens changer. Ceux qui m’aiment bien évitent parfois de me parler de tennis, ceux qui me suivent s’intéressent moins à mes résultats. Mais je sais qu’ils retrouveront mon numéro si je regagne des matchs.»

Mieux gérer les frustrations

Antoine pense que ces mois difficiles, que vivent souvent les jeunes gens de son âge, viennent désormais enrichir son bagage. «J’ai pris une bonne droite, comme on dit, mais je crois que tout cela m’a fait mûrir. Ce qu’il y a de plus difficile dans le tennis, c’est qu’aucun jour ne ressemble au précédent en termes de sensations personnelles, de conditions de jeu, d’adversaires. On peut être très bon un jour et mauvais le lendemain. De même, on peut très bien s’entraîner et ne pas être récompensé en tournoi. Par le passé, je vivais mal ces frustrations, une défaite me mettait à terre plusieurs jours. Aujourd’hui, je gère mieux, en étant tout aussi exigeant envers moi-même mais en parvenant à avoir plus de recul.»

Il espère avoir fait le bon choix en s’établissant en Suède. «Les structures sont semblables à celles de Swiss Tennis. Il y a tout sur place, j’ai même un logement. J’avais le choix entre plusieurs adresses, Severin Lüthi m’a aidé à y voir clair. Ce que j’aime là-bas, c’est d’une part qu’ils portent le même regard que moi sur mon jeu – si je veux réussir, c’est en étant agressif que je peux y parvenir – et d’autre part qu’ils responsabilisent beaucoup le joueur. L’élément déclencheur, ce doit être moi.»

Du 31 juillet au 12 août, Antoine disputera les Interclubs de tennis LNA avec l’équipe du TC Genève Eaux-Vives.

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